
L'eau de javel et la plupart des désinfectants sont très efficaces pour éliminer les bactéries en suspension. Ils sont peu utiles quand des biofilms se sont constitués », déclare Elodie La Haye, de la société Noé Socopharm. Toujours plus de biocides ou d'antibiotiques pour éliminer les bactéries pathogènes. Et toujours plus de résistances.
Écosystèmes bactériens
Les microcolonies bactériennes se développent jusqu'à former un biofilm, véritable écosystème bactérien. « Les bactéries s'accumulent à certains endroits et constituent des conglomérats où des nutriments sont piégés. Au coeur de ces conglomérats, en milieu anaérobie, les bactéries se protègent en se mettant en dormance. Leurs membranes cytoplasmiques deviennent imperméables et donc résistantes aux différents traitements ». En arrivant à maturité, ces biofilms produisent des gaz. Sous la pression de ces gaz, des particules solides se détachent en libérant des bactéries. La colonisation reprend son cycle.
Les biofims se développent partout, dans les circuits d'eau potable, sur la coque des navires, dans les process agroalimentaires ou dans les bâtiments d'élevage. Ils constituent un problème médical et sanitaire majeur. « 60% des infections nosocomiales sont le fait de biofilms ».
Hygiène en bâtiment
Dans le tractus digestif et respiratoire des animaux sains, la majorité des bactéries sont saprophytes ou commensales (elles ne nuisent pas à l'organisme). Une faible proportion de la flore bactérienne est pathogène. Celle-ci ne se développe que si les conditions de milieu évoluent en sa faveur. Les premières (au rang desquelles, les lactobacilles) régulent le milieu et inhibent le développement des bactéries pathogènes. « En bâtiment, les lactobacilles meurent. Les contaminants peuvent se développer ». L'humidité, les micro-organismes et la présence d'éléments nutritifs sont des conditions idéales pour le développement de biofilms sur toutes les parois du bâtiment, y compris aux plafonds.
Les mesures strictes d'hygiène peuvent prévenir le développement de ces populations bactériennes. « C'est une nécessité économique, une priorité pour la santé humaine et un préalable nécessaire aux nouvelles exigences de la biosécurité alimentaire exprimées par le consommateur ». La formation des personnels à l'hygiène et à l'utilisation raisonnée des biocides ou antibiotiques est un impératif. Les résistances bactériennes à ces traitements sont de plus en plus importantes. Une alternative aux traitements émerge. « Puisqu'il est de plus en plus difficile de lutter par la chimie, il faut essayer d'orienter le développement de la flore microbienne du biofilm ». Limiter la prolifération de pathogènes en favorisant la colonisation par des bactéries sélectionnées de manière à ce qu'elles occupent l'espace. De nombreux travaux de recherche s'orientent vers ces procédés de contrôle de population bactérienne pour répondre aux enjeux de biosécurité.
Bernard Laurent
Photo : L’humidité, les micro-organismes et la présence d’éléments nutritifs sont des conditions idéales pour le développement de biofilms.