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Morbihan (56)
Prairies - Aérer le sol / Jusqu'à 10% de rendement en plus
 

La culture d'herbe est d'autant plus économique que sa durée d'exploitation est longue. Au fil des ans, sous l'effet du climat, des concurrences entre espèces ou des conditions de pâturage, le potentiel de la prairie peut s'amoindrir. Le respect de certaines règles de conduite permet de limiter la dégradation des prairies (fertilisation, chargement, débrayage hivernal…) "Malgré tout, le recours à des interventions mécaniques peut être complémentaire, voire réparateur afin d'éviter la rénovation complète de la culture", déclare Denis Le Bossé, de la Chambre d'agriculture.
"Le trèfle blanc aime les sols aérés, riches en phosphore et en potasse, avec un ph proche de 6". L'épandage de compost et les amendements calcaires à l'automne sont des moyens simples et efficaces pour offrir ces conditions. La porosité du sol est renforcée. L'activité accrue des lombrics favorise l'aération naturelle. "Elle est loin d'être négligeable. Deux tonnes de lombrics à l'hectare remuent 500 tonnes de terre dans l'année". (Le nombre de lombrics par hectare évolue de 200 kilos, dans certaines terres de Beauce, à 4 tonnes dans les terres les plus riches). Cette activité peut être accentuée par un léger travail mécanique du sol de la prairie.

Aération et compost : 25% de plus

Les premiers centimètres de la prairie sont souvent compactés par le pâturage. Une fissuration des 12 à 15 premiers centimètres est souhaitable. "En cas de compactage de surface, les échanges gazeux sont réduits. L'activité biologique et la minéralisation s'en ressentent. La libération de l'azote est moindre et le rendement en pâtit". Des essais comparatifs (bandes témoins) montrent une augmentation de production de 8 à 10% en moyenne avec un passage d'un aérateur de sol en fin d'année. Cette augmentation atteint 20 à 25% dans le cas d'une aération couplée à un apport de compost (15 tonnes à l'hectare). "Les mesures de pousse d'herbe sont indispensables pour évaluer l'augmentation des rendements. Une différence de 10% n'est pas visible à l'œil dans le cas d'une prairie pâturée", affirme Denis Le Bossé. Une étude de quatre profils culturaux, réalisée dans l'une des prairies concernées par les essais (correspondant à quatre bandes de parcelles pâturées, conduites différemment) révèle également une évolution différente des systèmes racinaires.

Systèmes racinaires

Le profil cultural de la partie ayant reçu du compost permet de constater un système racinaire dense dans les trois à quatre premiers centimètres. Les racines évoluent horizontalement en raison d'un compactage à quatre centimètres lié au pâturage par les animaux. "La production dépend, dans ce cas, des trois premiers centimètres. En période sèche, elle sera pénalisée". La partie de la prairie ayant été aérée mécaniquement (avec apport de compost) présente un système racinaire plus développé en profondeur. L'impression est confirmée sur la bande de parcelle ayant été aérée (sans apport de compost). "Les racines se développent verticalement même si la densité est généralement moindre qu'avec un apport de compost".  Le profil de la partie témoin (sans aérateur, ni compost) dévoile un sol plus compact où le système racinaire est moins développé. Ces différences confirment les résultats de mesure de pousse en faveur d'un sol bien aéré à l'automne (au printemps, l'assèchement induit de la prairie est un risque). L'aération condamne le pâturage et impose un repos hivernal.

Bernard Laurent

 


La prairie est-elle bien nourrie ?

Pour savoir si les besoins de la prairie en éléments fertilisants sont couverts, une analyse chimique d'un échantillon prélevé en pleine période de pousse (mai-juin) s'impose. Si le dosage en phosphore et en potasse est faible, (comparativement à l'azote), un apport de compost est nécessaire. Dans le cas contraire, les apports peuvent être réservés à d'autres parcelles. 

 


Un outil pour aérer le sol

Le coût de l'aérateur (modèle Grégoire Agri de trois mètres de largeur) est de 5500 euros. Le coût d'usure des couteaux est évalué à 2,50 euros à l'hectare (500 hectares avec un jeu de couteaux). Les 18 trous (par m2) occasionnés par le travail de l'appareil aèrent le sol. Le réglage de l'angle des couteaux permet de soulever plus ou moins le feutre de la prairie, selon les effets souhaités. Les aérateurs de ce type sont vendus dans des largeurs de 1 mètre (vignes) à six mètres (grandes cultures). La puissance d'entraînement requise est faible.  

 


Le sursemis pour regarnir les prairies : une technique aléatoire

Le résultat du sursemis reste aléatoire", prévient Philippe Roger, de la Chambre d'agriculture. "Il faut donc mettre toutes les chances de son côté". Les espèces susceptibles de regarnir une prairie sont peu nombreuses. Seuls le Ray Grass Anglais et le trèfle blanc (éventuellement violet) peuvent être utilisés. "L'espace est déjà occupé; souvent en phase de colonisation par des espèces indésirables. Les variétés semées doivent être agressives pour se développer". Et durer dans le temps.
"Il faut semer à l'automne, à la volée, sur un couvert le plus ras possible. Le sol est humide et encore chaud". (Au printemps, la pousse de végétation est trop importante, les graines germées sont étouffées). Un griffage énergique du sol est effectué au préalable par un passage de herse à dents rigides ou deux passages de herse étrille. "Les graines doivent être "rappuyées" par un passage de cultipaker. Le passage des animaux peut suffire".
Le semis doit être dense: "4 à 6 kilos de trèfle blanc agressif ou 15 à 20 kilos de RGA diploïde". La prolifération des limaces est à surveiller. L'implantation des nouvelles espèces est favorisé par un accès à la lumière des plantules. "Il faut donc pâturer ras dès la première exploitation". Un passage des génisses ou des vaches taries est plus efficace qu'un pâturage par des laitières à cette période de l'année (plus ras).
Semoir spécifique
Un sursemis bien réalisé permet de rallonger la durée de vie d'une pâture et d'éviter le retournement. Il permet de réimplanter une espèce disparue (trèfle). L'utilisation d'un matériel spécifique n'est pas obligatoire. Des matériels existent néanmoins (photo ci-dessous). La société Grégoire Agri de Saffré en Loire Atlantique, vend ou loue un semoir utilisé pour les sursemis. Le matériel est adaptable. L'angle des dents est réglable selon le travail demandé. Pour un grattage de surface (cas des sursemis) les dents sont droites pour préserver la prairie existante. Le matériel ne nécessite que peu de puissance d'entraînement.

 

Photo : Denis Le Bossé, ingénieur à la Chambre d'agriculture, examine les effets de l'aération mécanique et des apports de composts sur le système racinaire d'une prairie de l’EARL Er Spernen à Languidic.


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Date de l'article : semaine du N° du 21 au 27 Novembre 2008
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