
Les quelques hommes présents dans la salle, mardi à Briec, font profil bas. Ils n’ont qu’à bien se tenir. Et pour cause : les agricultrices finistériennes tiennent leur journée « pour une agriculture avec elles ». Une journée où l’on parle de femmes entre femmes.
Du droit de se taire…
Contrairement aux générations précédentes, les agricultrices contemporaines revendiquent un véritable statut. Au même titre que les hommes. En 2008, elles se battent encore pour l’équité dans un pays qui brandit le droit de l’Homme comme valeur fondamentale, qui n’hésite pas à donner des leçons au-delà des frontières, mais néglige parfois le droit des agricultrices.
« Jusqu’en 1985, seul le mari avait le pouvoir d’administrer les biens communs », a rappelé Charlotte Abiven, juriste à Advisia. « Aujourd’hui encore, l’arrivée d’une femme sur l’exploitation est plus souvent perçue comme un alibi pour l’agrandissement que pour son véritable projet d’installation », illustre Claudie Lareur, agricultrice à Plouzané, qui, du statut de conjoint participant aux travaux – « ce qui n’est pas un statut », dit-elle – s’est installée en individuel sur sa propre ferme.
« Que serait pourtant l’agriculture sans les femmes », s’élève Christine Corvest, agricultrice à Poullaouen. Ou, comme le dit autrement Patricia Savina, présidente du comité de développement de Quimper, dans une saynète : « Mine de rien, on ne nous remplace pas comme ça ».
… au droit de faire
Aujourd’hui, l’agricultrice ne se contente plus d’être « la femme de son mari ». Autrement dit celle qui joue l’intendante toute sa vie active et qui devient la dépendante le jour de la retraite. Car là est bien un des problèmes de l’agricultrice : le montant dérisoire de la retraite quand elle a vécu toute sa carrière dans l’ombre de son mari, « à faire le travail invisible ».
Si l’on en croit les témoignages de jeunes étudiantes de l’Iréo de Lesneven, ces seconds rôles joués par les générations précédentes laissent des traces dans les mémoires. « Mes parents sont agriculteurs. Ils m’ont découragée de m’orienter vers les filières agricoles. Mais j’ai persévéré », témoigne cette jeune fille. Une autre, non issue du milieu agricole, indique en revanche que ses parents « ne se sont pas opposés » à son choix. Enfin une dernière étudiante parle « d’un milieu un peu machiste » où il n’est pas toujours facile de faire sa place.
Machisme ou pas, une chose est certaine : l’emploi salarié agricole au féminin bute encore sur un frein psychologique fort au moment des embauches. Pourtant, les femmes représentent la majorité de la main-d’œuvre disponible, chiffre Gilles Burel, de l’AEF, qui parle de « d’un gisement de candidats à l’emploi en agriculture à 60 % féminin ». Mais les employeurs ne l’entendent pas toujours de cette oreille…
Didier Le Du
Qui sont les agricultrices ?
Entre 20 et 30 femmes s’installent chaque année dans le Finistère en tant qu’agricultrices, soit environ 22-23 % des effectifs départementaux.
Elles s’installent en moyenne plus tard que les hommes (32-33 ans) et plutôt en production laitière (58 %). Un quart d’entre elles portent des projets de diversification.
Par contre, les agricultrices sont très peu représentées dans les bureaux des organisations économiques. Seule la Chambre d’agriculture, avec 8 membres féminins élus, fait mieux que le zéro pointé de nombreuses coopératives.
Photo : Organisée tous les trois ans, la journée départementale des agricultrices a été très suivie.