
Toujours difficile de s’aventurer à dessiner l’avenir. À l’invitation de Mérial et du GTV du Finistère, des observateurs du monde laitier se sont essayés à tracer les contours de la ferme laitière de demain.
Guy Le Bars, président du groupe Even, s’appuie sur un constat. Au sein de sa coopérative laitière, il observe « une diminution importante des points de collecte depuis 2 ans ». Un phénomène à mettre en relation avec la démographie agricole – les classes nées après guerre partent aujourd’hui à la retraite –, et à des départs anticipés. Les quadras ne signent plus forcément pour une carrière complète. « Les troupeaux s’agrandissent et vont continuer de s’agrandir », conclut-il.
+ 10 000 litres par an
Cet agrandissement, Anne-Yvonne Hénot, du bureau d’études Chambre d'agriculture, le vérifie dans les chiffres. « Depuis 2004, l’augmentation moyenne du quota est de + 10 000 L par an. Sur une période plus récente, l’augmentation annuelle est de 12-13 000 L/an », dit-elle, avant de faire remarquer que « les regroupements sont actuellement plus nombreux dans le nord-ouest du département ».
Pour autant, la concentration des moyens de production sur le Finistère n’atteint pas encore les 300-400 000 L de quota par UTA rencontrés dans le Poitou ou la Touraine. « Chez nous, la concentration se fait avec de la main-d’œuvre ». Autrement dit, quand les vaches de deux troupeaux se rassemblent, les éleveurs suivent pour former une société.
C’est peut-être là le point le plus sensible des regroupements laitiers. « Qui dit société qui dure, dit obligatoirement bonne entente. C’est le premier critère de développement. Nous le voyons au quotidien : au bout de 2 ans, 3 ans, des structures sociétaires sont amenées à se dissoudre », observe Roland Hallégouet, de la laiterie Rolland à Plouédern.
L’alternative à la mise en commun des moyens de production peut être le robot. Il ne s’en est jamais tant vendu dans le département qu’en 2008. Mais cet engouement pour cette technologie est aussi à mettre au crédit de la bonne campagne laitière 2007-2008.
Pas de modèle unique
Les conséquences humaines et sociales de cette concentration en marche interpellent Françoise Louarn, agricultrice et élue à la Région. « De grandes exploitations, peut-être. Mais, quel aménagement du territoire ? Quelles conséquences pour l’emploi ? ».
Autant dire que de nombreuses questions subsistent. « Le modèle de demain n’est pas unique », résume Guy Le Mercier, Cogédis. Et de faire observer que « l’EBE (excédent brut d’exploitation) augmente linéairement jusqu’à 500 000 L, mais pas après ». Ce qui signifie « qu’au-delà de ce volume, le modèle économique reste à inventer ».
Pour cet observateur économique, « l’avenir dépend donc de la capacité des agriculteurs, eux-mêmes, à prendre les bonnes décisions en se projetant de façon très rationnelle dans l’avenir. C’est-à-dire après 2013, année avancée pour la suppression des quotas ».
Didier Le Du
Photo : Le modèle de l’exploitation laitière bretonne reste à inventer.