
Le contexte agricole se tend au fil des semaines au point que producteurs de lait et légumiers se mobilisent pour, d’une part exprimer leur colère et d’autre part, tenter de faire pression, à la fois sur la grande distribution et sur les partenaires économiques. De leur côté, les responsables porcins dénoncent la pression des abatteurs pour toujours obtenir des prix bas.
Lait
La crise est désormais ouverte au sein de l’interprofession laitière. D’autant que faute d’un accord, les entreprises ont pratiqué pour octobre un prix, très en deçà de ce que réclamaient les producteurs avec en outre des écarts importants entre les différentes entreprises : de 285 euros/1000 litres à 311 euros/1000 litres.Début de semaine, les actions se sont multipliées devant les usines à Guingamp (Entremont Alliance et Eolys) et à Créhen (LNA). Quelques blocages de camions ont également été opérés dans différents secteurs. La grande distribution n’a pas été épargnée avec des opérations de “déréférencement” dans plusieurs magasins (voir page 5). D’autres actions étaient envisagées pour hier jeudi. Un dossier où l’on a retrouvé les différents syndicats, FDSEA- Jeunes Agriculteurs - Confédération Paysanne – Coordination rurale. L’année 2009 risque fort d’être très délicate pour les laitiers qui vont devoir supporter baisses de prix et hausses de charges, sans oublier la contractualisation dont on a pour le moment beaucoup de mal à cerner les contours.
Viande bovine
La conjoncture est là aussi globalement délicate, la FCO ne faisant qu’accentuer la crise. Des broutards bloqués dans une douzaine de cantons du sud-ouest et de l’ouest du département, du fait des cas de FCO Sérotype 1 en Finistère (voir page 6). Le marché de la vache de réforme est lui aussi complètement déprimé. Et il risque encore de s’encombrer dans les prochains mois. Le marché du veau de 8 jours est également au plus bas depuis plusieurs semaines. Les perspectives dans ce secteur ne paraissent franchement pas très bonnes.
Porc
Lassitude des éleveurs de porcs à qui étaient promis de bons cours en fin 2008. En fait ces dernières semaines, les prix se sont effrités pour retomber en dessous de 1,20 euro en prix de base. Certes les coûts de production sont à la baisse depuis quelques semaines, mais les gains sont immédiatement absorbés par le recul du prix de marché. Ce qui attise la colère des responsables de la FDSEA-Jeunes Agriculteurs. Dans un communiqué, ils dénoncent l’attitude de certains acheteurs. « Les marchés au cadran se succèdent et le constat est toujours le même : alors que les éleveurs sont en crise grave depuis plus d’un an le comportement de certains abattoirs est consternant ». Prenant pour exemple le marché du 6 novembre dernier qui avait été reporté au vendredi pour mieux appréhender le marché européen. « Les autres pays n’ayant pas baissé, certaines entreprises ont essayé de faire chuter le cours avec une volonté évidente d’arracher une baisse nette sans aucune justification ». Ils réclament « une vraie transparence dans le prix de retrait fixé par les abattoirs. Et une fixation du prix de retrait, non pas au volume de porcs achetés au Marché du Porc Breton mais au prorata de l’abattage de chacun de ses outils ».
Légumes
Le marché du chou-fleur en totale dépression depuis quelques semaines fait sortir les producteurs dans la rue. Des actions ont été conduites à Paimpol, Tréguier et Lannion. Là aussi, plusieurs grandes surfaces et hard discounters ont été visés, accusés de faire des marges importantes. En cause le prix payé aux producteurs, en dessous de 20 centimes alors que le coût de production est estimé au-dessus de 40 - 45 centimes. L’offre forte liée au temps clément conduit à un déséquilibre ponctuel avec la demande. La consommation n’est pas là pour le moment. Un différent avec le secteur de la surgélation a par ailleurs entraîné de la destruction. Il semblait cependant en milieu de semaine que ce problème avec les opérateurs de la surgélation évoluait plutôt favorablement. L’inquiétude des producteurs est d’autant plus légitime que cette campagne qui démarre difficilement fait suite à deux mauvaises années. Pour autant, il convient sans doute de ne pas sombrer dans le pessimisme le plus total. Et il faudra attendre la fin de campagne pour faire un bilan précis.
Pierre Dénès
Photo : Les actions syndicales qui se sont multipliées en début de semaine risquent de s’intensifier.