
On constate “70% des eaux considérées non potables en bout de réseau dans les élevages de volailles de chair, au regard des normes microbiologiques humaines", déclare Sophie Reizan, vétérinaire à Coopagri Bretagne. Ces normes n'existent pas en élevage. "Il s'agit de recommandations, du moins en ce qui concerne la bactériologie. Elles sont moins contraignantes". Les normes chimiques sont similaires. "Il est important de réaliser une analyse chimique de l'eau consommée". L'acidité (Ph) et la dureté (Th) ont, par exemple, une incidence sur certaines pathologies observées en élevage. Un Ph et un Th trop bas peuvent entraîner une faiblesse osseuse des pattes, liée à une mauvaise assimilation des éléments minéraux, ou des troubles de la reproduction chez les truies. Un Th élevé provoque des cristaux urinaires, des cystites ou des métrites. De même, la teneur en matières organiques, en nitrates (nitrites) ou en fer doivent être connues avant la mise en place d'un procédé de traitement des eaux.
Dioxyde de chlore
Une analyse bactériologique doit être réalisée régulièrement. "L'idéal est de le faire une fois par an, dans des conditions les plus extrêmes (après de fortes pluies), pour détecter la présence éventuelle de germes pathogènes". La décontamination se fait le plus souvent par chloration, peu coûteuse et efficace si les caractéristiques chimiques de l'eau sont optimales. "Le Ph ne pose pas de problème en Bretagne (Le Ph doit être inférieur à 7,5). Par contre, il faut s'assurer du temps de contact. Les machines à soupe, en élevage porcin, demandent de grands volumes d'eau en un temps très court. Le volume de la cuve de réserve doit être adapté à la consommation pour obtenir un temps de contact de 20 minutes au minimum". De même, une présence excessive de fer ou de manganèse entraîne une oxydation par le chlore et une baisse d'efficacité. "En bout de réseau, le chlore libre actif (test rose) doit être supérieur à 0,3 ppm". Les dérivés chlorés sont suffisants quand les conditions d'efficacité sont respectées.
L'utilisation de dioxyde de chlore se développe. Le coût de fonctionnement est cinq fois supérieur à une chloration classique et l'installation nécessite 2 pompes doseuses et un réacteur (4000 euros environ). La désinfection est quatre fois plus rapide. La sensibilité au Ph et à la matière organique est moindre. La stabilité sur l'ensemble du réseau est meilleure. "Le dioxyde de chlore présente un intérêt dans les grosses structures avec de longues canalisations".
Péroxyde d'hydrogène
D'autres procédés de décontamination sont commercialisés depuis peu. L'électro péroxydation utilise un courant électrique. Elle nécessite une grande conductivité et des normes chimiques de l'eau précises. Le coût dépend de l'appareillage installé en fonction de la consommation sur l'élevage. Le procédé d'envirolyte est une injection de saumure par système venturi dans une cellule d'électrolyse. Deux solutions acides et basiques sont obtenues et remélangées pour obtenir un anolyte neutre à injecter dans l'eau de boisson. "Le coût est d'environ 9500 euros pour 3500 m2 de poulailler". Enfin, le péroxyde d'hydrogène est toléré en production animale (pas en consommation humaine). Son action est quasi immédiate et peut être utilisé quelles que soient les caractéristiques chimiques de l'eau (contrairement au chlore). Son coût est de 0,2 à 0,5 euros/m3 traité (0,05 à 0,08 euros /m3 pour le chlormat + stabilisant).
Bernard Laurent
Légende : Sophie Reizan, vétérinaire à Coopagri Bretagne, est intervenue, mardi dernier à Locminé, devant des salariés adhérents à l'Asavpa (association de salariés agricoles) sur la qualité de l'eau de boisson en élevage.