
Produire plus et mieux avec moins. Le discours peut paraître un peu contradictoire, et parfois effrayer. Olivier Allain, président de la Chambre d’agriculture veut faire adhérer à l’idée que c’est un nouveau challenge qui s’offre aux agriculteurs. Et plutôt que de s’offusquer du discours, il entend se l’approprier.
Il explique : « Le contexte actuel avec une population mondiale toujours en croissance et la nécessité de trouver une alternative aux énergies fossiles …, fait que les besoins en biomasse sont proches de l’infini ». L’agriculture se retrouve tout d’un coup replacé au centre des préoccupations. « On lui demande de produire plus ». Pour autant cela ne peut pas se faire dans n’importe quelles conditions. Le respect des équilibres naturels (paysage, sol, eau, air), la préservation de la biodiversité obligent à penser et à agir différemment. « Le grenelle de l’environnement est aussi passé par là ».
Retour vers plus d’agronomie
Au travers de quelques exemples, il explicite ses propos : les Techniques culturales simplifiées (TCS), la diversification de la production fourragère, la gestion des inter-cultures, les possibilités de réaménagement foncier.
« Les TCS se développent, mais beaucoup hésitent. Et pourtant ils cumulent les avantages. Elles dynamisent la vie microbienne du sol, permettent des économies d’énergies (entre 20 et 40 litres de gas-oil à l’hectare), améliorent la portance des sols, et participent à la lutte contre l’érosion ». S’il reconnaît qu’elles ne sont sans doute pas accessibles du jour au lendemain à tous, c’est pour lui une voie qu’il convient de développer. Car elles sont porteuses d’économies en participant à la protection de l’environnement.
C’est en fait un retour aux bases de l’agronomie « Elle doit par ailleurs s’accompagner de plus de diversité dans la production fourragère et abouti à une meilleure gestion des rotations et assolements. Exemple : un colza, c’est 900 kg de protéines nettes à l’ha, les nouvelles variétés de luzerne permettent de viser entre 13 et 15 tonnes de Matière sèche à l’ha, et plus de 2 000 kg de protéines nettes sans fongicides, insecticides ni engrais ».
Sans plaider pour l’abandon du maïs qui a été avec l’herbe, un élément essentiel de la production fourragère bretonne de ces dernières décennies, les données sont en train d’évoluer. « L’azote et le soja pas cher c’est révolu. Et quel avenir pour le système des primes ? ». D’où, selon lui, la nécessité de plus d’autonomie et de cohérence dans les systèmes fourragers. « Il faut viser une plus grande indépendance au niveau des exploitations ».
L’opportunité des inter-cultures
Même approche dans la gestion des inter-cultures. « C’est à ce niveau que l’on assiste à la plus grande dérive actuellement », regrette le président. Et pourtant de réelles opportunités sont à exploiter. « Les essais conduits sur de nouveaux couverts (radis noir, trèfles d’Alexandrie, trèfle incarnat, avoine diploïde), le confirment. Tout en assurant la couverture des sols et l’utilisation des reliquats d’azote, on peut espérer des rendements de 5 tonnes de matière sèche valorisables par certaines catégories de bovins, ou utilisables à l’avenir pour de la méthanisation ». Il rajoute « ces inter-cultures améliorent la propreté des sols en coupant le cycle des adventices, et limitent les effets érosifs ». Economie et environnement s’y retrouvent.
Autre aspect évoqué, sans doute plus sensible : le réaménagement foncier. Il rappelle que des études récentes ont montré des coûts de transport pour une culture (hors implantation et récolte) allant de 40 à 180 euros par hectare. « Quelques petits aménagements pour une exploitation morcelée peuvent permettre d’aboutir à des gains importants, au-delà de 50 % des coûts constatés ».
Au final, pour les élus de la Chambre il s’agit de réaffirmer une ambition forte qui peut se concrétiser au travers de solutions concrètes applicables progressivement par une majorité d’agriculteurs. « Sans évidemment perdre de vue les aspects économiques », conclut Olivier Allain.
Pierre Dénès
Photo : Olivier Allain, président de la Chambre d’agriculture veut faire adhérer au nouveau challenge qui s’offre aux agriculteurs