
J'ai effectué un essai parce que le sorgho est réputé moins exigeant en eau et en intrants", justifie Jean-Luc Dréan, producteur de lait bio à Sulniac. Cinq hectares quand même. Un essai grandeur nature, qui au vu des rendements supposés, sera reconduit l'an prochain. "J'ai semé un peu trop tardivement, au 20 juin, car le terrain était humide". Trois semaines, voire un mois après la date recommandée par les agronomes. Le sol doit être suffisamment chaud (12°C) pour une levée rapide, susceptible d'étouffer les adventices. A l'EARL des prairies, les parcelles sont restées propres, sans graminées estivales. Le semis au semoir à céréales, à forte densité, en est l'une des raisons. La fraîcheur de l'été a quand même pénalisé la culture. "Elle n'est toujours pas en fleur (début octobre). Compte tenu de la météo annoncée pour les prochains jours, elle aura du mal à arriver à maturité".
Le sucre est dans la plante
"Le sucre est dans la plante", reprend Clarisse Boisselier, de la Chambre d'agriculture. Le fait que la plante ne soit pas tout à fait à maturité n'est donc pas un souci. "Le sorgho sucrier, adapté à l'ensilage, est riche en sucres solubles. Pour une bonne valorisation de la ration, il faut remonter le taux d'amidon en choisissant un amidon peu fermentescible afin d'éviter les acidoses". Arrivé à maturité, le grain serait quand même un plus en terme de valeur énergétique et de digestibilité. Dans l'idéal, la récolte est conseillée au stade laiteux-pâteux des grains du milieu de l'épi, de 110 à 140 jours après le semis, selon les conditions climatiques. Le sorgho est alors aux alentours de 30-32% de matière sèche.
Résultats zootechniques encourageants
La teneur en sucre est un gage d'appétence mais le sorgho est plus encombrant que le maïs. Les vaches en consomment moins. Les nouvelles variétés BMR (nervure centrale brune), au taux de lignine inférieure de 40% aux sorghos conventionnels garantissent une meilleure ingestion et une meilleure digestibilité. Les essais réalisés à la ferme expérimentale des Trinottières dans le Maine et Loire entre des rations à 100% maïs et 50% maïs-50% sorgho confirment la première impression. Les laitières alimentées avec la ration mixte ont consommé 2 kilos de fourrage de moins que celles nourries au maïs, avec cependant des résultats de production favorables (voir ci-dessous). L'idéal serait donc d'associer les ensilages de maïs et de sorgho. "Le premier est riche en sucres, le second est riche en amidon. Certains agriculteurs mélangent, dans la même parcelle, des bandes de maïs et de sorgho. Le mélange se fait à la récolte, dans la remorque".
Au rayon des avantages, le sorgho présente un coût de production moindre que le maïs (de 50 à 100 euros/ha). Il permet de valoriser les mauvaises terres à maïs, trop sèches. Sa principale limite réside probablement dans la difficulté de lutte contre les mauvaises herbes. "Il est sensible à une concurrence précoce". Des herbicides sont homologués pour la destruction des dicothylédones et des graminées. Si son intérêt paraît évident en zone sèche, "mieux vaut un ensilage de sorgho qu'un ensilage de maïs sans grains", il faudra encore plusieurs essais pour évaluer les performances zootechniques et surtout des étés plus secs pour le voir concurrencer le maïs et s'implanter dans la campagne bretonne.
Bernard Laurent
Photo : Semé le 20 juin, après prairie, le sorgho sucrier de l'EARL des Prairies à Sulniac a belle allure. Le 2 octobre, la Chambre d'agriculture et le semencier Semental organisaient une visite de parcelles.