
Pas besoin d’être bien grand pour observer qu’un obstacle transversal installé perpendiculairement à une pente réduit la vitesse d’un liquide. Amateurs de jeux d’eau, les enfants ont souvent fait l’expérience de l’utilité de talus dans leur bac à sable. Et les agronomes en culotte courte d’en déduire : les obstacles ralentissent la vitesse de l’eau déversée sur un sommet.
Les adultes sont parfois plus difficiles à persuader de ce qui paraît pourtant comme une évidence. Même une érosion importante consécutive à un violent orage ne convainc pas toujours de l’utilité des talus. On incrimine les fossés mal curés, les caprices du ciel, etc. On en appelle aux aides « catastrophes naturelles ». Rarement aux dames pelleteuses pour reconstruire ce que les caïds bulldozers ont déblayé d’un coup de lame.
Des talus compatibles avec l’agriculture moderne
Changement de génération ? Prise de conscience environnementale ? Intégration de la notion d’agriculture durable ? Toujours est-il que les choses commencent à changer. Timidement certes, si l’on compare les 700 km de haies plantés depuis 1991 et les 300 km de talus reconstruits depuis 1996, aux milliers de km de linéaires arasés. Mais c’est un bon début. Un très bon début…
De toute façon, l’objectif raisonnable n’est pas de revenir maillage d’antan, dont la densité tenait davantage au partage de terres à chaque succession qu’à l’utilité environnementale ou agricole. « Aujourd’hui, on considère que le compromis est de 6-8 ha par parcelle pour les cultures et 4-5 ha pour l’élevage », indique Ronan Le Menn, élu chambre et président de la commission professionnelle agricole du Bassin versant du Steir.
Breiz Bocage, initiée par la préfecture de Région, a pour vocation de donner un coup de pouce à la réhabilitation du bocage breton. Sur le Finistère, cette opération sera déclinée sous le nom de « le bocage, on s’engage » sur trois bassins versants (Trégor, Horn, Steïr).
Cette entreprise collective de reconstitution du bocage sera entre autres testée sur Briec. « Pour notre syndicat d’eau, il y a une volonté de réduire la matière organique dans l’eau de la station de pompage. Or, on sait que le talus est une manière d’améliorer la qualité de l’eau dans ce sens », explique Georges Cadiou, élu quimpérois , président du Sivoméaq, le syndicat d’eau de Quimper et d’Ergué-Gabéric « Nous n’entendons rien imposer. Il s’agit d’une opération collective individualisée. Nous ne ferons rien sans les agriculteurs ».
Un financement du Conseil général
Dans les prochaines semaines, « 30-40 agriculteurs de la commune de Briec seront sensibilisés aux enjeux de la préservation du bocage », détaille pour sa part Véronique Taleb, chargée du dossier à la Chambre d'agriculture. Des démonstrations de construction de talus seront menées. « Nous montrerons que l’on peut préserver, voire améliorer le parcellaire, tout en aménageant le bocage ».
La prise en charge financière des travaux par le Conseil général est un élément qui, sans conteste, devrait faciliter la mise en œuvre du projet. Le Département financera la totalité des travaux : « La construction d’un talus nu revient de 3 à 5 euros/ml. Dans ce cas présent, le financement à 100 % concernera la construction, la plantation et l’entretien du talus pendant les trois premières années ».
Didier Le Du
Photo : Originalité paysagère de la Bretagne occidentale, les talus remplissent de multiples fonctions : brise-vent, fonction micro-climatique, hydraulique, épuratrice, anti-érosive, biologique. Sans oublier la production de bois de chauffage et bois d’œuvre.
24 km reconstruits à Plogonnec
Avec Milizac et Plounéventer, Plogonnec est une des trois communes du département à avoir engagé une opération collective de reconstitution du bocage.
« En 2000, à la demande du Sivoméaq, la Chambre d’agriculture a réalisé un diagnostic des parcelles à risques sur la commune où le remembrement s’est traduit par un arasement assez sévère des talus », explique Albert Seznec, agriculteur et président de l’association Plogonnec Bocage.
Cette première étape a débouché sur la mise en place d’une opération collective de création et d’amélioration du bocage. « Concrètement, une vingtaine d’agriculteurs sur les 60 de la commune ont été mobilisés dans ce projet collectif qui s’est concrétisé par la plantation de 17 km de haies et la création de 7 km de talus ».