
L’art de la prévision est toujours délicat, surtout avec un cycle pluriannuel du prix du porc assez bas et difficile à anticiper. Le cycle mensuel, par contre, est plus facile à suivre. Depuis trois ans, le cours du porc diminue en septembre (cf graphique 1). En 2008, ça n’a pas été le cas. Mais, il faut rester prudent, la période hivernale étant généralement assez médiocre.
La tendance s’inverse
Début octobre, le prix du porc résiste à la pression qui se dessinait depuis la mi-septembre. Il reste à plus de 1,35 €/kg (contre près de 1.10 €/kg depuis 6 ans en octobre).
À cela, plusieurs raisons. La consommation française est stable. La demande à l’export est forte. Dans le même temps, la baisse de production s’amorce dans l’ancienne Union européenne à 15, après un décrochage déjà bien engagé dans les ex-pays de l’Est. La baisse avoisinerait les 4,5 % au dernier trimestre 2008 dans l’Europe des 27.
Il paraît peu probable que le cours du porc flambe en fin d’année car cette période n’est pas la plus propice. Mais l’essentiel n’est-il pas d’afficher un prix largement au-dessus des moyennes habituelles ? Dans ce cas, on peut espérer une reprise plus forte en 2009. Par contre, une inconnue persiste : quel sera le comportement du consommateur en pleine crise économique ?
La conjoncture devrait également s’améliorer au niveau des coûts de production. Le prix de l’aliment diminue déjà de près de 20 à 30 €/T entre mai et septembre, ce qui représente 8 à 10 ct €/kg de porc. La récolté de blé est excellente. Les cours des céréales décrochent fortement par rapport à l’an dernier tandis que le prix du maïs grain sera sous pression cet automne. La récolte de colza est aussi d’un bon niveau ; les prix des huiles et tourteaux devraient s’en ressentir. Toutes ces tendances semblent confirmer la baisse du prix de l’aliment. Ceci dit, la rentabilité de la production porcine restera basée sur un cours du porc plus équilibré. En effet, le marché des matières premières semble voué à la volatilité dans les prochaines années en raison de la hausse de la demande.
Une crise bien gérée collectivement
En moyenne, le taux d’endettement des producteurs s’est dégradé d’environ 6 à 7 points sur un an (clôtures du premier semestre 2008*). À 76 % de moyenne, l’endettement n’est pas trop dégradé et témoigne d’une bonne capacité de résistance. La gestion de crise, mise en place par les producteurs (gestion des prélèvements privés, rapatriement de placements) et combinée avec les différents financements accordés par les fournisseurs ou banques, a plutôt bien fonctionné. Lors de la dernière crise en 1999, le pic d’endettement moyen était grimpé à 89% !
Avec les espoirs de reprise, l’endettement supplémentaire ne devrait pas être trop pénalisant pour la rentabilité future. Néanmoins, on reste loin du taux d’endettement idéal situé autour de 65 %.
En parallèle, la forte hausse du prix de l’aliment a malmené la trésorerie. Elle s’est dégradée de près de 250 € par truie en un an. Plus de la moitié des éleveurs dépasse le seuil d’ouverture de crédit classique accordé. Les fournisseurs, pariant sur un avenir meilleur, se sont aussi fortement engagés durant la crise.
De grands écarts
Derrière cette moyenne assez rassurante, les écarts restent importants. Plus d’un quart des exploitations affiche un taux d’endettement supérieur à 90 % au premier semestre, dont 13% à plus de 100% d’endettement. C’est pratiquement le double de l’année précédente. Ces exploitations ne sont pas forcément à l’équilibre depuis l’été, car leurs coûts de revient sont souvent plus élevés que la moyenne. Dans leur cas, le retour de la rentabilité sera moins rapide. Les dettes vont peser, notamment en cas de hausse des taux d’intérêt. Seule une forte reprise permettra à tous ces éleveurs de repartir sereinement.
Le niveau technique moyen continue à s’améliorer, notamment en termes de productivité. En 2004, la moyenne était de 21,7 porcs par truie. En 2007, elle atteint 23,3 avec une perspective plausible de 24 porcs/truie en 2008. L’indice de consommation s’améliore moins vite. Sous « l’effet productivité », il descend à moins de 3 en moyenne générale au lieu de 3,09 en 2004. Depuis la flambée des matières premières, le niveau de l’indice de consommation a repris plus d’importance et les écarts sont très pénalisants. Un quart des élevages est à plus de 3,11 et 10 % à plus de 3,28. L’amélioration technique permet de mieux résister à la crise. Mais elle ne se révèlera payante que si la production porcine sort réellement de la crise.
Georges Douguet
CER France Côtes d’Armor
(*) Toutes les clôtures comptables de 2008 ne sont pas réalisées notamment celles du 2°semestre qui sont en général plus dégradées.