
Tout jeune, j'ai voulu être aviculteur", confie Stéphane Gicquel de Langourla. Installé à 23 ans, il exploite actuellement 4 350 m2 de poulaillers. Son parcours, atypique, démarre en 1991, en tant qu'aide-familial sur l'exploitation avicole des parents. Sa mère, Noëlle, loue un poulailler supplémentaire de 1 000 m2, dont elle confie la conduite à Stéphane pour qu'il conforte ses connaissances d'éleveur.
La preuve par les résultats
Les résultats techniques sont bons. Trois ans plus tard, Stéphane décide de s'installer et construit un bâtiment neuf de 1 350 m2. "La banque a considéré que j'avais fait mes preuves par les résultats". En 1998, il loue à un tiers un poulailler de 1 000 m2, qu'il rachètera en 2002. Cette même année, il construit une plateforme de compostage Valid. "Durant toutes ces années, j'ai continué à rénover les poulaillers : gestion de l'ambiance, installations d'eau et d'alimentation, sas sanitaires".
La surface de son élevage (2 350 m2) lui paraît insuffisante. En 2007, il achète un troisième bâtiment de 1 000 m2, équipé pour élever des canards en phase de pré-gavage (25 000 canards/an). Ce bâtiment comporte deux parties : 1/3 sur caillebotis avec fosse et l'autre partie sur paille avec parcours extérieur de 2,30 ha. "Au départ, je pensais pourvoir produire des poulets dans ce bâtiment mais les contraintes environnementales modifiaient la charge en azote. J'ai préféré poursuivre le pré-gavage de canards".
Cerner l'investissement global
En 2008, Stéphane reprend en location l'un des poulaillers de sa mère (1 000 m2) qu'il devrait racheter rapidement. La reprise progressive lui permet aujourd'hui de travailler sur 4 350 m2 dont 3 350 m2 en poulet et 1 000 m2 en canard, en contrat avec Doux. Les quatre bâtiments sont situés sur 3 sites, dans un rayon de 4 km. "Pour bien cerner l'investissement global, la reprise d'un poulailler doit être précédée d'un diagnostic et d'une évaluation. Il est souhaitable de ne pas dépasser, (achat et rénovation) 50 % du prix d'un bâtiment neuf soit au maximum 80 euros/m2," souligne Sylvie Conan, de la Chambre régionale d'Agriculture.
Les résultats technico-économiques de Stéphane sont bons comme l'attestent les données du CER. En 2007, avec 43,76 euros de marge brute/m2/an, l'élevage se situe dans les 10 % meilleurs, la moyenne des résultats CER étant de 24,67 euros de marge brute.
Aimer l'élevage
Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard, mais la conséquence d'une rigueur à tous les niveaux. Les bâtiments ont été rénovés progressivement et "standardisés". Ils sont tous à ventilation dynamique : trois à extraction latérale (Colorado) et un à extraction par le pignon. Trois poulaillers ont le même boîtier de régulation d'ambiance, les chaînes d'alimentation et les pipettes sont identiques. "Cette standardisation facilite les dépannages et les réglages", confie Stéphane. "Les points faibles des bâtiments ont été bien cernés dès le départ et j'y ai remédié". La brumisation a été installée dans les bâtiments poulets depuis 2003, ce qui permet de maintenir les densités en été. Pour gagner encore du temps, l'éleveur a installé une ligne fixe d'eau sur toute la longueur des poulaillers, permettant d'avoir plusieurs possibilités de branchement du poste de lavage.
Stéphane est très rigoureux sur l'aspect sanitaire, notamment sur le nettoyage et la désinfection. Les bâtiments poulets sont conduits en bande unique. Des sas sanitaires ont été mis en place, avec une tenue spéciale (côte, chaussure et charlotte) par poulailler. "J'aime mon métier et je passe du temps dans mes bâtiments". C'est aussi un critère essentiel dans la réussite. "Ce qui compte c'est l'observation des animaux, la remise en cause des pratiques dès qu'il y a un problème", estime Sylvie Conan.
Surface et spécialisation
Quelle taille d'atelier faut-il pour s'installer ? "Un jeune qui veut être aviculteur doit rapidement atteindre 2 500 à 3 000 m2 pour dégager un revenu", pense Stéphane. "L'installation progressive est un bon principe mais il ne faut pas traîner pour atteindre ce seuil de 2 500 à 3 000 m2, puis évoluer vers 3 500 à 4 000 m2. Une personne seule ne peut pas aller au-delà de ce seuil. Le jour où je reprendrai le dernier poulailler de ma mère, j'atteindrai 5 350 m2, je devrai externaliser certains travaux ou embaucher un salarié à temps partiel".
Faut-il se spécialiser en volaille ? "Oui, cela permet de se concentrer sur son élevage et de réagir vite, dès qu'il y a un problème", répond Stéphane. "Avoir trop de foncier peut pénaliser les résultats techniques, lors des pointes de travaux, surtout quand on est seul". La distance entre sites est-elle un problème ? "Elle n'est pas souhaitable car elle engendre des frais mais elle demeure possible sur quelques kilomètres, à condition d'avoir une surface suffisante (au moins 2 500 m2) permettant d'installer tous les équipements de sécurité (générateurs, alarmes) sur ce site".
Patrick Bégos
Photo : Stéphane Gicquel et sa mère Noëlle (au centre) avec Sylvie Conan, des Chambres d'Agriculture de Bretagne (à gauche).