
En bridant la taille des structures, il est difficile d'adapter la productivité de la main-d'œuvre", déplore Christine Roguet, du pôle économie de l'Ifip. Une augmentation de quelques truies dans un élevage suffirait quelques fois à rentabiliser au mieux la main-d'œuvre existante. Le système français, très réglementé, ne le permet pas. Les exigences et les pratiques spécifiques au pays en matière d'environnement se traduisent par des surcoûts directs importants. La directive nitrate, les seuils d'autorisation dans les installations classées ou la directive cadre sur l'eau sont appliquées de manière plus stricte en France que dans les autres pays de l'Union européenne. "Les surcoûts concernent le traitement : 8 à 10 cts/kilo de porc produit. Les achats de droits à produire s'élèvent à 425 euros par truie". Les coûts et délais des dossiers sont également une spécificité française. Ces exigences entravent la modernisation des outils de production. Les investissements sont essentiellement consacrés à des équipements improductifs générant des annuités d'autant plus lourdes que la durée de remboursement est courte. "Les producteurs danois bénéficient de durées de remboursement bien plus longues, correspondant à la durée de vie des équipements". Les charges de trésoreries françaises, tendues et coûteuses, entraînent à un prix d'équilibre supérieur de 0,05 à 0,08 cts/kilo.
Graisses animales, TVA, coûts de main-d'oeuvre
L'utilisation restrictive des graisses animales dans l'alimentation pèse 0,60 euro par porc produit. La réglementation française est, là encore, plus contraignante que la réglementation européenne. "La présence de résidus protéiques pourrait empêcher l'utilisation de ces graisses", indique Christine Roguet. Les procédures européennes d'autorisation de commercialisation des OGM, plus longues qu'aux Etats-Unis, font peser un risque de rupture des approvisionnements en soja. Si la production de maïs génétiquement modifié n'est pas le gage d'une meilleure productivité, la segmentation entraîne un surcoût, préjudiciable à la filière.
La production subit également des distorsions de concurrence liée au régime de la TVA par rapport aux Allemands. La filière, dans son ensemble, est touchée par la différence du coût du travail entre pays européens. "Le recours massif à la prestation d'ouvriers immigrés des pays de l'Est dans l'industrie de la viande correspond à une économie de 5 cts/kilo découpé et élaboré". Les trois-quarts des employés dans l'industrie de la viande sont d'origine étrangère. La pénétration rapide des marchés du hard-discount et de l'export en est une autre conséquence. La filière française valorise donc moins bien ses produits que certains de ses partenaires.
Longtemps restée le seul véritable exportateur de viande de porc dans le monde, l'Union européenne vient, de plus, d'être dépassée par l'Amérique du Nord. Elle subit, elle-même, les distorsions de concurrence par rapport à d'autres bassins de production et les inconvénients liés à la parité de sa monnaie. Pour la première fois, l'an dernier, les Etats-Unis ont livré de la viande de porc sur la France. Une production américaine qui n'est pourtant pas soumise aux mêmes obligations en terme de réglementation.
Bernard Laurent
Photo :Christine Roguet, ingénieur au pôle économie de l'Ifip
La réglementation n'est pas seule responsable
Contrairement à d'autres pays européens, les exportations de la France stagnent. 20% des produits exportés concernent des carcasses. Les autres pays exportent exclusivement des produits élaborés. Le secteur de l'aval évolue mais les grands groupes français (Bigard-Socopa; Gad-Europig; Cooperl-Arca) n'ont pas l'envergure des groupes du Nord de l'Europe (Danish Crown, Vion) ou Allemands (Tönnies Fleisch). Leur poids face à la distribution est moindre. Le prix payé au producteur en est affecté. Les accords à l'OMC font, de plus, peser une menace sur l'importation de viande (baisse des droits de douane).