
En 2008, le retrait par l’Union européenne de plus de 250 molécules phytosanitaires affecte lourdement la filière légumes industrie. Cette année, la pression en sclérotiniose sur haricot a été particulièrement forte, sans réponse chimique totalement satisfaisante en face. "En haricot vert, des pertes de rendement de 20 à 30% ont été enregistrées. Certaines parcelles n'ont pas été récoltées", précise Serge Le Bartz, président de L’Uopli (Union des Organisations de Producteurs de Légumes destinés à l’Industrie).
"Faute de nouvelle substance active, il est illusoire d'espérer le maintien des moyens actuels qui ne reposent plus que sur 31 molécules", résument les ingénieurs de la station de la Chambre d'agriculture de Kerguéhennec (Bignan – 56). Des techniques alternatives sont testées sur la station pour répondre à la réduction des produits autorisés sur le marché et au développement des problèmes phytosanitaires. Les résultats étaient présentés aux producteurs, en partenariat avec l'Unilet et l'Uopli, le 23 septembre à Kerguéhennec. Une opération qui a remporté un vif succès puisque 200 personnes se sont déplacées, le double du nombre prévu…
Complémentarité chimique-mécanique
Dans les essais présentés, la complémentarité entre le chimique et le mécanique a été mise en avant sur haricot. "Le semis a été réalisé avec un semoir équipé d'un disque traceur. La ligne dans le sol guide par la suite le passage des binages, permettant ainsi un gain de temps : augmentation de 1 km/h. Un désherbage au Mercantor gold est intervenu en présemis et a été suivi de 3 binages", retrace Alain Cottais, responsable de la station expérimentale.
"Les pertes liées au binage varient de 1 à 8% en fonction de la vitesse de travail, de l'équipement et de l'expérience du chauffeur". Des roues à doigts souples (Kress) ont été ajoutées sur la bineuse, permettant de supprimer une partie des adventices situées sur le rang. "La biomasse en haricots a été maintenue avec la solution combinée. Côté économique, le coût a été réduit, mais le temps à passer est supérieur de deux heures". Autre contrainte : la pression mauvaises herbes ne doit pas être trop importante et la flore adaptée. Par ailleurs, les sols caillouteux s'adaptent difficilement au binage.
Contre la sclérotiniose
Les producteurs ont aussi pu découvrir des résultats d'essais concernant la protection du haricot contre la sclérotiniose : tests sur de nouvelles matières actives et différentes cadences de traitement. Les restrictions sur les produits phytos amènent la réactivation des méthodes préventives : introduire plus de graminées fourragères, de céréales à paille. "En présence de dégâts, les producteurs peuvent utiliser la grille parcellaire prédictive du risque, désinfecter les parcelles contaminées avec le biofongicide Contans WG et respecter à la lettre les conditions d'emploi des fongicides encore disponibles en végétation", indique Pierre Le Floch de l'Unilet.
Plusieurs références ont été obtenues sur le Contans WG, utilisé depuis 2002. Les techniciens précisent par exemple que les doses à appliquer sont de 2 à 4 kg/ha, en conditions humides et températures clémentes (10 – 25°C). Une incorporation superficielle (5-10 cm) est à réaliser juste après l'application. "Ce produit biologique est aujourd'hui utilisé sur environ 3000 ha. Il affiche une bonne efficacité de désinfection des parcelles".
Photo : Les producteurs présents ont vu de près la bineuse équipée de roues à doigts souples (Kress).
Economie sur l'engrais "starter"
Face au coût plus important de l'engrais starter et à la pression de la réglementation (installations classées, projet de Sdage), les techniciens ont regardé de plus près l'efficacité de solutions de remplacement. "Les situations les plus critiques sont les semis précoces, les terres froides et mal exposées, les sols à pH inférieur à 6, de mauvaises conditions de semis ou de structure du sol", soulignent-ils. Dans les situations où le risque est moindre, on peut économiser le starter avec les précédents pois. "Le bénéfice des produits microgranulés (moins de phosphore) demandent à être confirmé. Par contre, la réduction de dose de phosphate d'ammoniaque classique est une voie intéressante". La bonne localisation de l'engrais est aussi très importante.