
Quatre mille stations de méthanisation en fonctionnement en Allemagne. Une dizaine de projets en cours d'instruction en France. Le retard est conséquent. Quelques pionniers ont essuyé les plâtres en Bretagne pour implanter cette technologie. Jean-Paul Le Crom, producteur de porc à Rohan, en fait partie. Contraint par la réglementation de résorber l'azote produit sur l'élevage, il a opté pour la méthanisation et l'exportation des résidus séchés. "Je ne voulais pas détruire de la matière organique pour ensuite fertiliser les terres avec des engrais minéraux", justifie-t-il. Une étude approfondie du sujet et un voyage en Allemagne finiront de le convaincre de la pertinence de son choix.
Déchets d'usine agro-alimentaire
Le projet prévoit d'incorporer les effluents des 350 truies et des charcutiers de l'élevage, soit 5500 m3 de lisier. La méthanisation n'est pas un moyen de résorption de l'azote, bien au contraire. Des éléments organiques fermentescibles doivent être importés et mélangés aux lisiers. Les Allemands utilisent du maïs. "Pas facile d'incorporer des plantes fourragères en cette période. J'ai pris contact avec l'entreprise Glon Sanders pour m'approvisionner en déchets agro-alimentaires". 5000 tonnes ainsi importées et autant de déchets verts. Jean Paul Le Crom sera prestataire de service. Un contrat qu'il qualifie de gagnant-gagnant. L'ensemble de ces volumes sera incorporé dans un digesteur pour produire du gaz transformé en énergie électrique, revendue sur le réseau, et en énergie thermique.
Séchage du digestat
500 KW/heure électriques sont ainsi produits. L'énergie thermique sert à sécher le digestat sortant. "Le séchage permet l'évaporation d'une grosse quantité d'eau. Le résidu organique passe de 10% à 75% de matière sèche". L'exportation du produit final, riche en éléments fertilisants, est donc envisageable. Ce produit sera normé et valorisé après compostage. Hygiénisé en grande partie, le digestat est dépourvu d'odeurs. "Je souhaite une utilisation locale pour ne pas avoir de transport. L'objectif est d'économiser de l'énergie. Une exportation lointaine ne serait pas dans l'esprit initial du projet" précise-t-il.
Le dossier est actuellement en enquête publique. Les demandes de subventions sont également en cours. L'investissement est de 2,5 millions d'euros dont 250 000 euros pour la partie liée à la résorption (séchage). Le projet devrait s'amortir sur une dizaine à une douzaine d'années, selon le niveau d'aides publiques qui seront accordées. Le KW/h est vendu 14 cts à EDF dans le meilleur des cas (barème en fonction de la production). Jean Paul regrette le retard pris par la France dans le domaine de la méthanisation. "Je souhaiterais travailler avec des entreprises locales mais elles ne sont pas nombreuses à maîtriser la technologie". Il prône également la patience compte tenu de la lenteur des démarches administratives. "Je travaille sur ce projet depuis plus de deux ans. Une amélioration des délais administratifs sera sans doute possible lorsque quelques dossiers auront abouti". Sa patience devrait être récompensée dès le début de l'année prochaine, lors du démarrage des travaux. La mise en route est prévue pour l'été 2009.
Bernard Laurent
Photo : Une dizaine de dossiers de construction de stations de méthanisation sont en cours d'instruction en France.
Économies d’énergie
L'énergie représente 2% du coût de revient en porc. Les économies, même si elles sont appréciables, ne constituent pas un enjeu primordial. Quelques équipements permettent toutefois de minimiser ces dépenses. Les échangeurs air-air permettent un gain d'une dizaine de degrés de l'air entrant en période froide. La ventilation est facilitée et les retombées d'air froid limitées. Le gain zootechnique est réel. Les économies se situent essentiellement sur l'indice de consommation des porcs. Ces échangeurs ne permettent pas d'atteindre les besoins au démarrage des bandes en PS. Elles nécessitent une ventilation centralisée. Les pompes à chaleur peuvent aussi être utilisées comme source de chaleur. Les sources sont le sol, l'air, le lisier ou l'eau des laveurs d'air. 1 KWh consommé équivaut à une production de 2 à 5 KWh de chauffage (1 pour 1 avec l'énergie électrique).
Production d'énergie
Le solaire photovoltaïque a des atouts. Les surfaces disponibles sont importantes sur les toitures des bâtiments. L'agressivité de l'air extrait des bâtiments constitue cependant un handicap. Le temps de retour sur investissement est estimé à 15 ans environ. La rentabilité du solaire thermique est plus aléatoire. L'investissement est important et la production d'eau chaude est maximale en été quand les besoins sont moindres. L'équipement en chaudière à biomasse nécessite une étude pointue des ressources disponibles sur l'exploitation. Pour un élevage de 220 truies, une chaudière de 85 KW est nécessaire. Elle consomme environ 45 tonnes de bois par an. L'éolien nécessite également un investissement important (1000 euros/KW installé).