
Depuis 2006 et après quatre ans d'absence, les professionnels de la filière bio sont présents au Space, et profitent de l'occasion pour communiquer tous azimuts. Avec une seule et même idée en tête : multiplier les vocations et faire grimper le nombre de conversions à la bio. La filière fait en effet face à une demande croissante (progression de 10 % du marché bio par an) et est censée honorer des objectifs du Grenelle très ambitieux (6 % de la SAU en bio en 2013, 20 % en 2020).
Parmi les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs, la Fédération régionale des agrobiologistes de Bretagne avait, cette année, conçu un test ("Bio ready") à l'attention des visiteurs afin d'apprécier le chemin à parcourir avant une éventuelle conversion. Et Inter Bio Bretagne (regroupé avec Inter Bio Pays-de-la-Loire et le Grab Basse-Normandie) était à l'initiative d'une conférence, très suivie, sur la filière laitière vendredi 12. La filière lait peine en effet à répondre à la demande – sans doute les plaies laissées par les difficultés de collecte de lait bio, en 2002, ne sont-elles pas entièrement refermées - : "150 millions de litres sont collectés en Bretagne, Pays-de-la-Loire et Basse-Normandie, indiquait Xavier Maréchal, président de Brio (Bio des régions interprofessionellement organisées). Vu la croissance du marché, il existe un besoin supplémentaire, par an, correspondant à la production moyenne de 75 fermes sur les trois régions." D'où l'intérêt de faire intervenir, à la conférence, un éleveur ayant déjà franchi le cap de la conversion : Jacques Bullenger.
"Craintes pas justifiées"
Installé dans la Manche, Jacques Bullenger produit 400 000 L avec un associé et un salarié à mi-temps, et a converti son exploitation à la bio en 2002. À l'origine de ce changement, plusieurs motivations dont l'envie d'être plus autonome en maximisant la place de l'herbe, et l'intérêt économique. "J'appréhendais en particulier la gestion des mauvaises herbes et, étant dans une zone de production intensive, une chute de rendement animal et végétal", raconte-t-il. Des appréhensions assez rapidement levées notamment grâce à une très fine gestion de l'herbe. "A posteriori je dirai qu'aucune crainte n'était justifiée. Les résultats techniques et économiques sont au rendez-vous et j'ai beaucoup plus de plaisir à faire mon métier aujourd'hui."
Rentabilité à la clé
Et Jérôme Pavie, de l'Institut de l'élevage, d'enfoncer le clou : "la performance économique des systèmes laitiers bio est réelle et ne peut être un obstacle au changement de système." Au sein des 200 fermes laitières bio de références suivies par l'Institut de l'élevage, le rapport EBE / produit brut avoisine très souvent les 45 %, parfois 60, signe d'une bonne efficacité technico-économique. "Les produits sont cependant dopés par des aides non pérennes (hors DPU)", reconnaît Jérôme Pavie, pour qui néanmoins "le choix de l'agriculture biologique est possible et réalisable pour beaucoup d'éleveurs. Il faut positiver le message, apaiser les conflits et dédramatiser l'acte de passage en AB". Tel était le message principal délivré par la filière en ce Space 2008.
Anne-Laure Lussou
Photo : Jérôme Pavie, de l'Institut de l'élevage, et Jacques Bullenger, éleveur laitier installé dans la Manche, lors de la conférence des organisations bio au Space.