
De 2003 à 2006, la production française de lapin n’a augmenté que de 1 % par an. Fin 2007, la progression des abattages atteignait près de 2,6 %. Cet essor s’explique par l’amélioration des performances techniques due à un effort d’investissement soutenu depuis 2005. La filière a été prise au dépourvu par l’accroissement de l’offre.
En face, la demande n'a pas suivi. En 2004 et 2005, la consommation avait augmenté de 3 % par an. La tendance s'est inversée fin 2006. Après l'épisode de grippe aviaire, la consommation de volaille est repartie au détriment de celle du lapin. Résultat, la consommation aurait augmenté de moins de 1 % en 2007.
Ce décalage entre l'offre et la demande a obligé les transformateurs à constituer des stocks, ce qui a entraîné une baisse des cours.
Du résultat en moins
En 2007, la marge brute par lapine s’est stabilisée à 71,4 €. Malgré la baisse du prix de vente du kilo (- 0,03 €), le produit par lapine a progressé et atteint 197,9 € (+ 3,5 €), sous l’effet de la hausse du poids d’abattage des lapins (+ 3 kg par lapine). Cette progression a permis de contrer la hausse
des charges qui atteignent 126,4 €/lapine. Chez les producteurs spécialisés, ces charges ont augmenté de plus de 5 € sur un an, notamment en raison des dépenses liées à l’alimentation (+ 6 %) et aux frais vétérinaires (+ 5 %). Ces deux postes représentent près de 90 % des charges. De leur côté, les charges de structure progressent de 2 € par lapine (55,3 €). Au final, le résultat par lapine est de l’ordre de 16 € alors qu’il était à 21,5 € en 2006.
En ajoutant les bénéfices des autres ateliers, le résultat courant par unité de main d’œuvre familiale s’établit à 13 400 € en moyenne en 2007. Il était de 16 000 € l’année précédente.
Des revenus disparates
Dans les ateliers constituant les quarts supérieur et inférieur(2) de l’échantillon, les résultats moyens présentent de grandes différences. Pour le quart inférieur, la marge brute est inférieure de 40 % par rapport à la moyenne, ce qui équivaut à une variation de près de 30 000 € sur l’atelier. À l’opposé, dans le quart supérieur, la marge s’apprécie de 38 %, soit 25 000 € dégagés en plus sur l’atelier.
Ces écarts (liés aux effets éleveur, bâtiment) s’accentuent cette année. Ils devraient être amplifiés par la flambée des prix de l’alimentation et l’augmentation des dépenses énergétiques.
La disparité entre les deux groupes se creuse si l’on y ajoute le critère de productivité. Le quart supérieur atteint près de 31 000 € de résultat courant par UTH familiale, alors que le quart inférieur est à zéro.
Depuis le début d’année, la consommation française de lapin reste stable (progression inférieure à 1 %). Malgré les efforts de régulation déployés par les éleveurs durant l'été 2007 et le début 2008, les prix sur les 5 premiers mois n’ont que peu progressé (+ 1,5 %).
De plus, la hausse du coût alimentaire devrait marquer encore plus les résultats annuels. Les clôtures du premier semestre devraient une nouvelle fois se dégrader. Selon nos simulations, pour une hausse d’un tiers du prix de l’aliment, le coût de production d’un kilo de lapin augmenterait de 22 centimes d’euro, soit une perte avoisinant les 22 000 € pour un atelier type.
Julien Gautier
CER France Morbihan
Photo : Décalage entre offre et demande, hausse des charges : la production cunicole est à la peine.
(1) Le profil moyen de l’échantillon constant analysé dégage 92 % de son produit par la vente de lapin. Il dispose de 1,8 UTH et de 13 hectares consacrés aux grandes cultures.
(2) Groupes d’ateliers créés en fonction d’un classement selon la marge brute par lapine et le résultat courant par UTH familiale.