
J'ai passé un contrat avec mon fournisseur d'aliment en octobre 2006. Il m'a fait une proposition de prix fixe sur une période de dix-huit mois que j'ai acceptée car les indicateurs étaient alors à la hausse", se réjouit Philippe Créac'h, gérant d'une exploitation de 550 truies naisseur engraisseur et de 50 hectares de SAU. La suite est connue. Les cours se sont envolés en 2007. Négocié aux alentours de 140 euros la tonne, le prix fixé lui a permis de passer la crise sans encombres. Les trois premiers mois après la signature du contrat, ce prix défini était supérieur de 3 euros la tonne au prix du marché. Pas de quoi paniquer. « J'avais confiance dans mes prévisions », assure l'éleveur, conseillé par un organisme de gestion des risques. « Et de toute manière, un contrat se respecte ». Plus facile à dire, aujourd'hui, au terme du contrat. Philippe a gagné jusqu'à 80 euros par tonne d'aliment achetée, au plus fort de la crise.
Pas un outil de spéculation
Le contrat à terme n'est pas un outil de spéculation. Il permet simplement de gérer des risques de fluctuation de prix des matières premières. Avec un prix d'achat stable, le coût de production est connu à l'avance. L'alimentation représente, en effet, 70% des charges d'un élevage de porcs. « C'est une assurance. Le prix de l'aliment est négocié à un niveau qui me garantit une marge et un revenu ». Les résultats techniques évoluent peu sur une telle période, le nombre de porcs à vendre est connu six mois à l'avance. « En considérant un prix de vente du porc objectif sur la période à venir, on assure le résultat ». Cette sécurité permet de se rassurer et donne de la crédibilité face au banquier. Le prévisionnel du prix de revient est connu sur toute la période contractée. « Toujours plus facile lorsque l'on doit négocier avec son banquier».
Quelques éleveurs ont ainsi anticipé la hausse des cours des céréales, et amorti partiellement ou totalement la crise. L'inverse peut se produire: fixer un prix de l'aliment supérieur au prix du marché. « C'est vrai, mais le prix négocié a été préalablement calculé pour assurer une marge. Ce n'est donc pas grave en terme de gestion d'entreprise même si ce n'est pas forcément agréable de savoir que les voisins achètent à un prix plus faible ». Il est donc possible d'avoir un bon résultat d’exploitation tout en ayant des pertes sur un marché à terme.
Une formation de quelques jours
Philippe s'est formé à la gestion des risques avant de se lancer dans l'aventure. « J'ai réalisé une formation de cinq jours sur le marché à terme. C'est difficile mais indispensable ». Pour maîtriser l'outil bien sûr. Pour obtenir l'autorisation d'une ouverture d'un compte bancaire spécifique également. Il faut dégager un minimum de temps pour s'informer sur les marchés des matières premières. Il se retrouve souvent avec quelques collègues, formés comme lui à la couverture du risque, lors de réunions où les échanges sont constructifs et permettent de se rassurer. En effet, les décisions sont parfois difficiles à prendre. Elles engagent l'éleveur mais aussi son entourage. « Il est important que les associés soient également informés sur le marché à terme. Ils doivent bien comprendre, eux aussi, que ce n'est pas un outil de spéculation mais de gestion de fluctuation des prix ». Une manière d'enlever une pression psychologique au décideur quand le prix du marché est plus bas que le prix fixé par contrat.
Philippe est bien décidé à poursuivre ses opérations sur le marché à terme pour ses achats d'aliments. Il pourrait aussi commercialiser ses porcs de la même manière. Prix de vente et coûts de revient connus à l'avance : le revenu serait ainsi, à résultats techniques stables, sécurisé sur une période donnée.
Bernard Laurent
Contact : www.oda-agri.fr
Photo : Philippe Créac'h achète son aliment sur le marché à terme. Il pourrait y vendre ses porcs également.
Pas un outil de spéculation
Le contrat à terme n'est pas un outil de spéculation. Il permet simplement de gérer des risques de fluctuation de prix des matières premières. Avec un prix d'achat stable, le coût de production est connu à l'avance. L'alimentation représente, en effet, 70% des charges d'un élevage de porcs. « C'est une assurance. Le prix de l'aliment est négocié à un niveau qui me garantit une marge et un revenu ». Les résultats techniques évoluent peu sur une telle période, le nombre de porcs à vendre est connu six mois à l'avance. « En considérant un prix de vente du porc objectif sur la période à venir, on assure le résultat ». Cette sécurité permet de se rassurer et donne de la crédibilité face au banquier. Le prévisionnel du prix de revient est connu sur toute la période contractée. « Toujours plus facile lorsque l'on doit négocier avec son banquier».
Quelques éleveurs ont ainsi anticipé la hausse des cours des céréales, et amorti partiellement ou totalement la crise. L'inverse peut se produire: fixer un prix de l'aliment supérieur au prix du marché. « C'est vrai, mais le prix négocié a été préalablement calculé pour assurer une marge. Ce n'est donc pas grave en terme de gestion d'entreprise même si ce n'est pas forcément agréable de savoir que les voisins achètent à un prix plus faible ». Il est donc possible d'avoir un bon résultat d’exploitation tout en ayant des pertes sur un marché à terme.
Une formation de quelques jours
Philippe s'est formé à la gestion des risques avant de se lancer dans l'aventure. « J'ai réalisé une formation de cinq jours sur le marché à terme. C'est difficile mais indispensable ». Pour maîtriser l'outil bien sûr. Pour obtenir l'autorisation d'une ouverture d'un compte bancaire spécifique également. Il faut dégager un minimum de temps pour s'informer sur les marchés des matières premières. Il se retrouve souvent avec quelques collègues, formés comme lui à la couverture du risque, lors de réunions où les échanges sont constructifs et permettent de se rassurer. En effet, les décisions sont parfois difficiles à prendre. Elles engagent l'éleveur mais aussi son entourage. « Il est important que les associés soient également informés sur le marché à terme. Ils doivent bien comprendre, eux aussi, que ce n'est pas un outil de spéculation mais de gestion de fluctuation des prix ». Une manière d'enlever une pression psychologique au décideur quand le prix du marché est plus bas que le prix fixé par contrat.
Philippe est bien décidé à poursuivre ses opérations sur le marché à terme pour ses achats d'aliments. Il pourrait aussi commercialiser ses porcs de la même manière. Prix de vente et coûts de revient connus à l'avance : le revenu serait ainsi, à résultats techniques stables, sécurisé sur une période donnée.
Bernard Laurent
Contact : www.oda-agri.fr