
La technologie des marqueurs génétiques à fait son entrée dans la sélection bovine, il y a déjà quelques années, pour pronostiquer la valeur d’un animal. « Largement utilisée dans les programmes sous le nom de SAM (Sélection assistée par marqueurs), cette technologie est désormais dépassée », souligne Jean-Luc Guérin directeur général d’Amélis.
Le testage en question
Une nouvelle technologie a pris sa place dite celle des puces ADN. « Elles permettent d’industrialiser les typages génétiques, avec des cadences élevées et surtout, elles permettent de découvrir des nouvelles régions chromosomiques ». Voilà qui devrait dans les années à venir révolutionner toute la sélection génétique, en raccourcissant considérablement les délais pour la connaissance de la valeur d’un taureau. La prise de sang sur le veau suffirait avec une fiabilité qui serait équivalente à celle qui est retenue pour la commercialisation des semences actuellement. Plus besoin donc d’attendre les résultats des filles de testage.
Déjà, il est prévu que les premiers index génomiques français seront diffusés aux entreprises de sélection fin 2008. Jean-Luc Guérin souligne « qu’il est permis de penser que les jeunes taureaux en tout début de testage sortiront avec des index nettement supérieurs à ceux des taureaux en fin de testage ». D’ailleurs explique t-il encore, « l’avenir du testage est une question qui est maintenant ouvertement débattue partout ». D’autant que d’autres pays ont déjà pris des décisions. Ainsi Holland Génétics a annoncé la commercialisation dès septembre 2008 de semences indexées par génomique (et non testées).
Conséquences économiques
Dès lors c’est tout le schéma de la sélection qui s’en trouve bouleversé, y compris les relations avec les éleveurs. Amélis s’interroge : que ferons-nous des taureaux en cours de testage encore présents dans nos taurelleries (1000 taureaux de 15 mois à 5 ans pour Amélis) ; Faut-il continuer à tester des taureaux sur la descendance ? ; Comment et à quel prix commercialiser les semences génomiques, alors que les jeunes taureaux produisent beaucoup moins que les adultes ?.
Sur le plan économique, cela n’est évidemment pas neutre, car d’un côté l’abandon du système actuel entraînera des économies, de l’autre il faudra établir les conditions d’accès aux doses des meilleurs taureaux dont la production sera moindre dans un premier temps.
Certaines de ces questions ne peuvent être tranchées que par l’ensemble des acteurs de la sélection et l’Inra, puisque les index génomiques français sont en copropriété. « Il faudra d’abord trouver des règles d’utilisation et de diffusion des informations ». Amélis ayant déjà spécifié qu’elle était favorable à une diffusion aux éleveurs.
Autre aspect, et non des moindres, la relation entre les sélectionneurs et les unités de sélection. Ainsi, Amélis a décidé d’étudier un nouveau contrat qui intéresserait directement les éleveurs à la valorisation économique des reproducteurs.
Pierre Dénès
Photo : Jean-Yves Le Damany, éleveur costarmoricain, récemment élu président d’Amélis