
Le mandat syndical a une part d’ingratitude qui donne à toute victoire une saveur particulière. Celle que viennent de remporter les producteurs de lait ces dernières semaines fera probablement date.
La mobilisation a payé
Hervé Moël, président de la section laitière FDSEA, Yves Bazy, vice-président, et Patrick Cherdel, responsable lait JA s’en réjouissent : « C’est une indéniable victoire, pour les livreurs d’Entremont-Alliance ». L’entreprise qui avait décidé unilatéralement de limiter la hausse du prix à 30 euros pour 1000 litres au lieu des 49 euros de la revendication a reculé devant la pression syndicale.
D’autant plus satisfaits de cet aboutissement que dans un premier temps, la mobilisation n’a pas été évidente, les producteurs ne percevant pas obligatoirement l’enjeu. « Nous voulons féliciter tous les producteurs, livreurs d’Entremont ou pas, de Bretagne et d’ailleurs, qui ont été solidaires ». Ils en profitent aussi pour rappeler à ceux qui ne se sont pas sentis concernés qu’ils en bénéficient également.
Syndicalement, cette victoire va au-delà du conflit lui-même. «C’est aussi une victoire pour tous les producteurs car en obtenant gain de cause, ils ont sauvé l’interprofession laitière », insistent les responsables. Ils rappellent son rôle essentiel. Elle est le cadre de la négociation pour tous les critères techniques de fixation du prix, en charge de la gestion des laboratoires d’analyses, et jusqu’à présent le lieu où s’opérait la recommandation pour le prix de base. La DGCCRF ayant mis son veto pour cette dernière mission.
Attachés à la gestion du prix et des volumes
Cependant ils sont conscients que cet accord ne règle pas tout. Et savent que dans les prochaines semaines, il faudra retourner à la table des négociations. « Les différents acteurs de la filière peuvent encore se parler, car il n’y a pas eu rupture ». Réaffirmant le rôle primordial que les producteurs entendent encore jouer au sein de l’interprofession. « Certes nous savons qu’il faudra être plus réactif au niveau du prix – quand nous aurons récupéré notre dû - ; sans doute aller vers un système de contractualisation. Avec cependant une exigence forte : la gestion des volumes et du prix ».
Autant dire que les producteurs, même avec une fin annoncée des quotas, ne sont pas prêts à se laisser absorber par une libéralisation totale des volumes, ni à un prix de base laissé au bon vouloir des entreprises. « Nous restons attachés à un prix de base identique pour tous les producteurs. Et s’il doit y avoir une contractualisation, elle ne peut s’opérer que si elle donne des perspectives aux éleveurs. Celle-ci ne pouvant se négocier en dehors d’un cadre interprofessionnel ».
FDSEA et JA profitent de cette communication pour mettre en garde les producteurs sur l’évolution de la campagne 2008/2009. « Nous sommes en avance sur la production. Ce qui pourrait favoriser une baisse des prix. Il n’y a aucune garantie sur des références complémentaires en fin de campagne et le système des pénalités est toujours en vigueur ». Invitant les éleveurs à être prudents et attentifs pour éviter les mauvaises surprises
Pierre Dénès.
Photo : Yves Bazy, vice-président de la section laitière FDSEA, Patrick Cherdel, responsable lait JA, Hervé Moël, président de la section laitière FDSEA