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Ille et Vilaine (35)
Jeunes Agriculteurs / Débat sur la hausse des matières premières - Anticiper dans un contexte de marchés fluctuants
 

En organisant, en prélude à la Fête de l'Agriculture, le débat sur la hausse des matières premières, les Jeunes agriculteurs d'Ille-et-Vilaine ne s'attendaient sans doute pas à un public aussi étoffé. Le thème interroge et attire. Quatre intervenants : Pierre Méhaignerie, député-maire de Vitré et ancien ministre de l'Agriculture, Jean-Luc Fossé, membre de la Chambre d'Agriculture, Julie Rio, économiste à la Chambre d'Agriculture et Olivier Eluère, du Crédit Agricole, ont livré leurs explications et quelques pistes pour l'avenir.   

Hausse des coûts alimentaires

Une demande croissante, une offre plus limitée, des stocks réduits : Julie Rio, a développé les facteurs qui ont provoqué la hausse des matières premières, sans oublier l'augmentation du prix du fret et la spéculation. Cette hausse des matières premières concerne d'abord les éleveurs. Jean-Luc Fossé a montré l'impact de la hausse des prix des céréales et des protéines sur les productions animales. "La hausse du coût alimentaire est évaluée à 45 euros par 1 000 L de lait et à 0,20 euro par kg de viande bovine. Face à ces hausses, il faudra, à l'avenir, plus de réactivité, d'anticipation dans les décisions".  
Dans certaines productions, notamment le lait et dans une moindre mesure la volaille, les hausses de charges ont pu être répercutées dans les prix de vente, ce qui a permis de maintenir les rémunérations des producteurs. "Cela n'a pas été le cas en porc ou les éleveurs ont été coincés entre les hausses importantes des charges et la baisse ou la stagnation du prix de vent", poursuit Jean-Luc Fossé.

Le consommateur arbitre

À l'autre bout de la chaîne, le consommateur s'adapte. "La part de budget qu'il consacre à l'alimentation (autour de 15 %) a fortement baissé ces dernières années, au profit des produits high-tech comme la téléphonie ou les loisirs", résume Olivier Eluère. Les prix alimentaires ont augmenté de 6 % sur un an. "C'est bien moins que la hausse du poste énergie (20 %) mais le consommateur a réagi en faisant des arbitrages, en comprimant certaines dépenses, notamment l'alimentation".
Entre les producteurs et les consommateurs, il y a les distributeurs. "Ils évaluent leur marge nette à 1,5 %", précise Pierre Méhaignerie. Le député cite quelques pistes pour améliorer les prix de vente : accroître la concurrence entre les enseignes, ce qui est l'objectif de la nouvelle loi de modernisation de l'économie, augmenter la part des marques distributeurs, réduire les charges liées à l'emballage et favoriser la consommation des produits locaux dont les frais de transport sont plus faibles.  

Une synthèse difficile

Pour tous les intervenants, les prix des matières premières, notamment les céréales, resteront élevés, tout en étant plus volatils. "La demande chinoise qui restera forte me paraît l'élément le plus important dans le maintien d'une tension sur les prix", observe Pierre Méhaignerie. Vis-à-vis du public, il faudra expliquer ce contexte de prix élevés et la répartition future des aides directes. "Avec 27 pays membres, les décisions sont plus lentes et la synthèse n'est pas facile entre les pays du nord (Grande-Bretagne, Danemark, Suède..) qui privilégient l'ouverture totale au marché avec des prix faibles aux consommateurs et des pays qui défendent leurs productions animales (France, Belgique, Irlande..)".     
Privilégier les productions animales
Evoquant quelques pistes d'avenir, Pierre Méhaignerie est persuadé que "la France et l'Europe ont intérêt à privilégier une ouverture au marché mondial pour les céréales et à protéger les productions animales, pourvoyeuses de valeur ajoutée et d'emplois". L'arbitrage politique n'est pas facile. "Il nous faudra, à l'avenir, concilier compétitivité et développement durable. Les aides européennes devront être lisibles, légitimes, transparentes et plafonnées".  Pour Jean-Luc Fossé, le consommateur doit aussi se rendre compte que la qualité a un prix, notamment au travers des frais et du temps que demandent les enregistrements liés à la traçabilité.

Patrick Bégos 

Photo : De gauche à droite, Julie Rio, économiste à la Chambre d'Agriculture, Jean-Luc Fossé, membre de la Chambre d'Agriculture, Pierre Méhaignerie, député-maire de Vitré, Olivier Eluère, économiste au Crédit Agricole.

 


Le dynamisme du bassin d'emplois

Dans la région de Vitré, l'agriculture conserve un poids élevé. Pierre Méhaignerie cite l'exemple des 7 cantons autour de Vitré où l'agriculture et ses 2 200 chefs d'exploitation, approvisionne les usines agro-alimentaires (viande, lait ou autre) employant, au total, plus de 6 000 personnes. 



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Date de l'article : semaine du N° du 29 Août au 4 Septembre 2008
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