
S’il se réjouit de l’échec des négociations à l’OMC sur des bases que le monde agricole dénonçait, la mondialisation n’en demeure pas moins une réalité. Il rappelle les effets caractérisés depuis plusieurs mois par les phénomènes spéculatifs sur les marchés des matières premières et les émeutes de la faim dans certaines parties du monde. Nouvelle donne donc : « Pour la plupart des Français, cela se décline en augmentation des prix à la consommation et en baisse du pouvoir d’achat. Pour les agriculteurs aussi, mais ils en subissent doublement les conséquences car directement concernés dans leur activité. Les éleveurs ont vu le prix des aliments flamber, mais aussi celui de l’énergie et des produits dérivés (engrais par exemple) ».
Autre inquiétude, les récentes restructurations annoncées dans le secteur de la viande. Certes comme d’autres responsables agricoles, il a appelé de ses vœux l’adaptation des outils industriels. Mais l’annonce de la prise de participation majoritaire du groupe privé Bigard dans le groupe issu de la coopération Socopa l’inquiète. « Progressivement on voit la coopération lâcher prise dans plusieurs secteurs agroalimentaires. Ces restructurations font que le pouvoir s’éloigne de plus en plus du monde agricole, et plus le pouvoir s’éloigne plus le poids des agriculteurs diminue ». Le conflit laitier actuel ne fait malheureusement que le conforter dans son analyse. Il s’interroge aussi : « Demain si les groupes privés décident de vendre, à qui vendront-ils ? Pas obligatoirement à des opérateurs nationaux ! ».
De nouvelles techniques à valoriser
Pour autant il ne veut pas sombrer dans le pessimisme. Aussi face à la demande sociétale (Grenelle de l’environnement) qui veut que l’on produise plus avec moins, il tente d’apporter des idées de réponses techniques : utilisation de plantes (Luzerne, trèfle violet) moins exigeantes que le maïs en intrants et en complémentation (soja), non-labour ou TCS pour moins de dépenses énergétiques, gestion des inter-cultures, aménagement foncier. Sur ce dernier point il évoque une étude sur un sous bassin-versant qui a montré que le coût de transport (sans commencer le travail) varie à l’ha de 45 à 185 euros. Ce qui atteste des économies possibles.
Il espère par ailleurs des réponses politiques notamment lorsque l’on évoque le traitement des déjections. « Dans beaucoup de cantons on traite plus de déjections que l’on devrait si l’on tenait vraiment compte de la réelle pression environnementale». Il attend plus de pragmatisme et de bon sens dans la mise en œuvre du 4e programme de la directive nitrate. « Avec de l’ammonitrate à 400 euros la tonne, c’est incohérent de traiter des déjections et d’acheter de l’engrais minéral ».
Au final, il voit « un avenir plutôt serein pour le lait avec une valorisation maximale de l’herbe, pour le porc à condition d’avoir une part d’autonomie alimentaire, le secteur légumes qui a fait preuve d’une capacité d’innovation exceptionnelle, l’aviculture qui a déjà subit sa purge ». Il est par contre beaucoup plus réservé sur la viande bovine, selon lui dévolue à d’autres régions plus extensives.
Pierre Dénès