
La décision du groupe Entremont Alliance de limiter l'augmentation du prix payé aux producteurs à 30 euros/1000 litres au lieu des 49 euros attendus continue de provoquer la colère des éleveurs. "Cette décision est unilatérale", s'insurge Frank Guéhennec, responsable de la production laitière à la FDSEA du Morbihan. "Contrairement aux autres entreprises de collecte, Entremont choisit de garder 19 euros/1000 litres dans sa poche. Ce détournement se fait au détriment des producteurs". Ce décrochage est jugé inacceptable. "Compte tenu des méthodes de calcul du prix du lait (lissage sur une année), nous considérons que l'entreprise a déjà encaissé cet argent. L'an dernier, lorsque les prix des produits transformés étaient élevés, le prix payé aux producteurs était faible. Cet argent est dû!". Les agriculteurs s'estiment floués dans la mesure où les industriels leur ont demandé de produire plus en début d'année. "Les transformateurs avaient besoin de matière. Entremont était la première laiterie à demander de produire. Les responsables doivent aujourd'hui prendre leurs responsabilités". Les producteurs redoutent également que les autres laiteries ne s'alignent sur la position d'Entremont Alliance.
Une rencontre entre les représentants des producteurs et les dirigeants de l'entreprise est prévue en fin de semaine prochaine. "Nous n'irons à cette table ronde que si l'entreprise revient préalablement sur sa décision de limiter l'augmentation à 30 €" poursuit Frank Guéhennec. Entremont Alliance parle de contractualisation comme solution au problème. "Cette contractualisation ne pourra en aucun cas être subie par les producteurs. Elle devra être discutée dans le cadre de l'interprofession au niveau national. Elle devra être collective et surtout pas individuelle". De belles discutions en perspective. En attendant, les fiches de paie de lait ne sont pas au niveau attendu par les producteurs. D’autres actions étaient en préparation au cours de la semaine.
Bernard Laurent
Photo : Les producteurs du Morbihan devant l'usine Entremont Alliance de Malestroit
"Vers une contractualisation pour fixer prix et volumes"
Alain Troalen, directeur des relations extérieures d’Entremont Alliance, donne la position de son groupe :
“Nous devons continuer à nous expliquer. Le marché des produits industriels et notamment de la poudre de lait ne permet pas d'absorber une hausse supérieure à 30 €. Nous sommes désormais dans un marché libéral, sans soutiens européens. Nous devons absorber 2,5% de volume en plus chaque année. Cette situation induit des ajustements.
L'interprofession n'est plus habilitée à faire des recommandations sur la fixation des prix. La méthode de calcul du prix (lissage) nous a été favorable en 2007 quand le prix des produits industriels était élevé et le prix payé aux producteurs trop bas. Cette année c'est l'inverse qui s'est produit. Les prix des produits industriels sont bas et le prix du lait payé aux producteurs est élevé. En début 2008, les producteurs ont fourni au-delà des attentes (+15% de collecte), à une période où le prix payé était élevé. Le bilan des deux années est nul. Nous sommes dans une situation où le prix du lait continue à augmenter (+10% par rapport à l'an dernier). Nous refusons simplement d'accorder les 49 euros d'augmentation.
Nous ne pourrons pas continuer dans un système où le prix du lait est déconnecté de la réalité des marchés des produits industriels. Il y a toujours un décalage de six mois dans un sens ou dans l'autre. Le manque de réactivité dans la fixation du prix est préjudiciable. Le prix payé et le marché doivent être liés. A l'avenir, nous devrons nous orienter vers une régulation de l'offre, une contractualisation pour fixer, sur le moyen terme, le prix et les volumes de lait collectés. En fin de semaine prochaine, nous rencontrerons les représentants des producteurs pour, je le souhaite, un dialogue constructif.”
L’AVIS DE
Gilles Bars, président d’Unicopa*
"Plus de réactivité pour garder nos marchés"
Depuis plusieurs semaines, nous avons alerté nos producteurs sur la situation tendue des marchés laitiers. Je suis allé à leur rencontre car en tant que producteur je vis aussi leur situation. Comme eux je sais que les charges de production ont augmenté. Mais le responsable se doit aussi d’agir pour préparer l’avenir.
2007 a été très favorable aux produits industriels, mais déjà fin 2007 et accentuée en 2008 la tendance s’est inversée. Le manque de réactivité du système de fixation du prix français a fait que les producteurs ont commencé à produire plus au moment ou le marché des produits industriels s’est effondré. De fait on a eu sur les deux dernières années un prix du lait décalé de la réalité des marchés.
Entremont-Alliance a fait le choix d’investir pour se dégager des produits industriels et renforcer sa production de fromage. Mais nous ne sommes pas seuls, et d’autres acteurs européens comme l’Allemagne ont aussi fait ces choix rapidement. De fait, sur ces marchés fromagers il a été d’une part difficile de maintenir nos positions et d’autre part de passer des hausses suffisantes (parité euro/dollar, pression de la distribution, pouvoir d’achat). Par ailleurs, le prix du lactosérum a baissé de 130 %.
Autant d’éléments qui affectent aujourd’hui les comptes des entreprises concernées. Et si la décision de limiter la hausse ne me fait pas plaisir, c’est une décision de sagesse. Nous devons être en phase avec les marchés et être aussi réactifs que nos concurrents dans l’intérêt de nos producteurs.
* Unicopa est actionnaire d’Entremont Alliance à hauteur de 36 %
Photo : Les producteurs du Morbihan devant l'usine Entremont Alliance de Malestroit