
Agriculteur à Saint-Vougay (29), Richard Cadiou se lance cette année dans la culture de plants de pomme de terre. Depuis son installation en 1982, il produisait des pommes de terre de consommation qui étaient directement livrées chez un négociant, avec des arrachages à la demande. Après deux campagnes difficiles, surtout l'an passé, le producteur délaisse de cette production. Il entend parler des plants de pomme de terre par des voisins lors de réunions Cuma, et s'y intéresse. Germicopa lui propose un contrat.
"Cette production me permet de conserver la main d'œuvre salariée sur l'exploitation", souligne-t-il. Sans compter qu'il n'a pas de nouveaux investissements à réaliser dans l'immédiat. Il dispose d'une tamiseuse (coût de 10 000 euros en occasion), d'une planteuse deux rangs (achetée neuve il y a 25 ans) et d'une arracheuse (acquise initialement en co-propriété). Pour le stockage et le conditionnement, il entre en relation avec un producteur de plants de Bodilis, Jean-Michel Quentric, qui chaque année réalise un peu de façonnage. Seulement quelques kilomètres séparent les deux exploitations. Les trajets seront fréquents quand les récoltes vont commencer.
Sous-traitance du stockage et conditionnement
Le but de Jean-Michel Quentric n'est pas de pérenniser cette sous-traitance, mais plutôt d'aider Richard Cadiou à démarrer dans la production de plants. Ce dernier projette à l'avenir de se regrouper avec 5 ou 6 autres producteurs pour investir dans une station de stockage (froid et ventilation) et de conditionnement. Un moyen de disposer d'une installation performante et de partager la main d'œuvre. "Ce projet qui pourrait voir le jour en 2009 devrait concerner 80 ha, 3500 à 4000 tonnes en capacité de conditionnement et 2000 tonnes de stockage, dont la moitié en froid".
Le coût des semences représentant un investissement conséquent, Richard Cadiou avoue avoir eu quelques appréhensions avant les plantations cette année (3,5 ha de variété Samba et 5,5 ha d'Atlas). Il a bénéficié de plusieurs appuis techniques : contrôleur Soc (Service officiel de contrôle), techniciens Germicopa et Bretagne Plants (notamment via les infos fax).
Des repères techniques à trouver
"La fertilisation a été ajustée et il a fallu trouver la bonne densité de plantation. La planteuse a été un peu modifiée". Il ajoute : "Globalement, la conduite de la culture s'est bien passée, même si les débuts ont été difficiles du fait des conditions climatiques (plantations et lutte anti-mildiou précoce)". Parmi les pratiques nouvelles : l'application d'insecticide et d'huile et le défanage. "Pour dégager des revenus intéressants, il faut viser le calibre optimal et donc défaner au bon moment". La surveillance est de rigueur.
De son côté, Jean-Michel Quentric cultive chaque année 25 ha de plants de pomme de terre. Il est équipé d'une tamiseuse, d'une planteuse 3 rangs billon et d'une arracheuse d'1,50 m (Grimme) acquise cette année. "La planteuse permet d'optimiser les surfaces (5 à 10 000 pieds/ha en plus)", précise-t-il. Sur l'exploitation, le rendement moyen avoisine 40-45 t/ha. La capacité de stockage atteint 1500 t, dont 1000 t en froid. Une place sera réservée cette année à la production de Richard Cadiou.
Agnès Cussonneau
Photo : Richard Cadiou (à droite sur la photo) se lance dans la production de plants. Il va sous-traiter la partie stockage/conditionnement à Jean-Michel Quentric (à gauche).
Valorisation des variétés protégées
Avec le recul d'une dizaine d'années, les marchés du plant de pomme de terre breton affichent un dynamisme porté par les exportations : 71 000 t en 2007 contre 43 400 t en 1997. Cette tendance devrait se confirmer à l'avenir car la demande dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient va s'amplifier. Le plant breton devrait tirer son épingle du jeu grâce au développement des variétés exclusives, facteur de différenciation pour les clients. "Les variétés protégées représentent déjà 65% des exportations", note Emmanuel Guillery, directeur de Bretagne-Plants.
Pour assurer la pérennité de son développement, la filière plants bretonne cherche de nouveaux producteurs (actuellement 306 producteurs sur 4720 ha). Le renouvellement des générations doit également être assuré. La venue de nouveaux producteurs signifie aussi apport de terres, ce qui permettra d'augmenter les rotations, essentielles sur le plan sanitaire.
>>>> Contact : Philippe Dolo au 06 89 84 04 76.