
Un chiffre qui peut faire réfléchir à l'heure où alimentation ne rime plus avec abondance : 35% de l'alimentation humaine dépend des insectes pollinisateurs. Autre estimation, les abeilles représentent 80% des pollinisateurs. Face à l'affaiblissement de la flore mellifère, la filière apicole de Bretagne, associée à la Commission apiculture du GIE Lait-Viande de Bretagne, souhaite mettre en avant le rôle des abeilles dans l'agriculture. D'où l'importance du maintien de la biodiversité et du respect de l'environnement.
"Les abeilles sont surtout connues pour leur production de miel, moins pour leur rôle pollinisateur", constate Raymond Emeillat, de la Chambre d'agriculture et du GIE Lait-Viande. "Aujourd'hui, on estime que plus de 20 000 espèces d'abeilles dans le monde contribuent à la reproduction sexuée, et donc à la survie et à l'évolution de plus de 80% des espèces de plantes à fleurs", chiffre-t-il. Et d'ajouter : "La pollinisation est un facteur important du rendement de la culture et de la qualité des fruits. Par exemple pour le colza, l'Inra a démontré que 50% du rendement est conditionné par les insectes pollinisateurs. De même, la pomme risque d'être déformée si la fleur n'est pas bien pollinisée".
Autonomie en ruches
A l'OBS (Organisation bretonne de sélection : station de création variétale et de multiplication de semences et de plants basée à Plougoulm-29), les abeilles sont utilisées depuis de nombreuses années, seulement avec leur casquette de pollinisatrices, pas de productrices de miel. De mi-avril à fin juillet, elles butinent dans les 6 hectares d'abris attribués à la production de semences de chou-fleur et d'oignon rosé de Roscoff (dont 3000 m2 en bio).
"Nous sommes complètement autonomes sur l'apiculture", précise Alain Lescop, responsable de la production de semences à l'OBS. La station dispose de 400 à 450 ruches réparties sur 25 ruchers. Cinq personnes sont formées à l'apiculture et participent à la conduite des ruches. Le temps total dédié à cette activité, où le professionnalisme est de mise, représente environ 1 temps plein (sur les 35 permanents que compte l'OBS). En Bretagne, seulement deux sites sont spécialisés en pollinisation sous abri par les abeilles. "Nous avons acquis notre savoir-faire au fil du temps, via l'observation, la formation et des lectures techniques. Notre partenariat avec le GIE Lait-Viande nous permet d'accroître nos connaissances. Le GIE nous permet aussi de suivre des formations adaptées", précise Alain Lescop. "Les questions sanitaire et sécurité font par exemple partie des thèmes développés en formation".
Bourdons, mouches en complément
Pour assurer au mieux la pollinisation sous abri, les équipes de l'OBS ont aussi recours aux mouches (1000 litres de pupes achetées par an) et aux bourdons (30 à 40 colonies achetées annuellement). Travaillant plutôt le matin, ces derniers sont complémentaires à l'action des abeilles qui apprécient davantage la luminosité et la chaleur. "Du fait du manque d'ensoleillement l'an passé, nous avons perdu 40% de notre cheptel d'abeilles", évoque Alain Lescop. Il va être progressivement remis à niveau. "Nous devons avoir un maximum d'insectes dans les serres". Un gage d'optimisation des productions.
Agnès Cussonneau
Photo : Raymond Emeillat (Chambre d'agriculture et GIE Lait-Viande), à gauche, et Alain Lescop (responsable de la production de semences à l'OBS), à côté d'une ruche en pollinisation.
La filière apiculture bretonne
- Près de 4 500 apiculteurs, dont 140 qui en tirent un revenu et 70 qui sont spécialisés.
- Environ 54 000 ruches. Un apiculteur professionnel exploite plus de 150 ruches. Certains possèdent près de 1 000 ruches.
- Production de miel : environ 1 000 tonnes par an. 20 à 25 kg par ruche et par an.
- Parmi les actions de la filière : renouvellement de cheptel, suivi des cas d'intoxications des abeilles, stratégie d'éradication de la loque, sélection des abeilles…