
Elles font des ravages, ces mouches qui ne seraient qu'anodines si elles ne se faisaient pas si nombreuses, parfois, dans les élevages de poules pondeuses. Problématiques pour l'élevage, elles peuvent également l'être pour le voisinage de l'exploitation. Le fléau est d'autant plus ennuyeux que, depuis fin 2005, la cyromazine n'est plus autorisée comme additif larvicide dans l'aliment des pondeuses. La solution avait l'avantage d'être pratique, puisque le larvicide se retrouvait dans les fientes, ce qui mettait directement un terme au problème des mouches.
Restaient donc deux solutions : le séchage des fientes, les mouches ne pondant pas dans un milieu sec, et l'emploi de larvicides incorporées dans les fientes pour limiter le développement des larves. C'est cette deuxième option qu'a testée le GDS 22, en collaboration avec la société ADTech (Ploufragan, 22) et le laboratoire Bayer Santé animale, au sein de l'exploitation de Valérie et Éric Rault au Haut-Corlay (22). L'élevage comprend deux bâtiments, de 36 000 et 25 000 places, où les fientes humides sont collectées sur tapis avant d'être transférées dans un hangar de stockage à proximité. Dans le premier poulailler, les fientes sont enlevées trois fois par semaine au moyen d'un tapis qui avance sur 50 % de la longueur du bâtiment. Dans le second, les fientes sont extraites, à 100 %, deux fois par semaine avant de rejoindre le hangar de stockage.
Le larvicide avant tout
"Durant cinq mois, nous avons testé la pulvérisation d'une solution d'insecticide larvicide (le Baycidal) sur les fientes lors de leur transfert de chaque bâtiment vers le hangar de stockage, explique Félix Mahé, responsable de la section avicole au GDS22. En association avec le larvicide, nous avons utilisé un traitement adulticide (Quick Bayt et le K-Othrine)." L'objectif premier de l'expérimentation était, cependant, de mesurer l'efficacité du larvicide "Baycidal" utilisé seul, notamment compte tenu du fait de son intervention tardive (certaines larves étant déjà écloses). Son application était réalisée, sur les tapis de convoyage des fientes vers le hangar de stockage, par des buses de pulvérisation après installation d'un appareil électrique avec un réservoir de 50 litres permettant d'obtenir un débit de pulvérisation de 1,8 litre de solution/minute. Soit un procédé simple d'utilisation.
Dans l'élevage de Rault, le recours aux traitements adulticides, en complément, s'est avéré nécessaire au vu de l'état d'infestation des bâtiments (le seuil retenu était de 50 mouches sur l'un des deux pièges, des rouleaux de glu de 30 cm X 50 cm). L'utilisation de K-Othrine s'est révélée indispensable pour réduire le peuplement dans le hangar de stockage (mais il contenait en majorité des fientes accumulées depuis le second semestre 2007 qui n'avaient pas été traitées préalablement par un larvicide) tandis que le Quick Bayt (appliqué en badigeon) a permis de contrôler le développement des mouches à l'intérieur du poulailler.
Population maîtrisée
Au final, avec l'ensemble du protocole, la présence de mouches a pu être maîtrisée dans les poulaillers comme dans le hangar. "L'association d'un larvicide et d'un traitement adulticide permet de maintenir à un niveau bas les populations de mouches dans les bâtiments", ont constaté les responsables de l'étude. Quant au tarif du traitement, "il faut compter un coût minimal en larvicide de 5 centimes d'euro/pondeuse pour 30 semaines de traitement", chiffre Félix Mahé. S'y ajoute le coût de l'adulticide, qui dépend de la situation de l'infestation. Chez les Rault, le traitement total a coûté environ 6 centimes d'euro/pondeuse, contre 7 centimes avec le traitement précédent à la cyromazine. Les deux éleveurs continueront le traitement proposé par le GDS.
Anne-Laure Lussou
Photo : Éric et Valérie Rault, éleveurs au Haut-Corlay (22)
Des conseils clés pour lutter
- "Une mouche ayant un potentiel de ponte de 500 œufs, il ne faut pas attendre de voir le problème à l'œil nu pour agir", souligne Gilbert Inizan, de Bayer.
- Autant que faire se peut, le mieux est de vidanger le bâtiment le plus souvent possible afin de "casser" le cycle biologique de la mouche, qui est proche d'une semaine.
- "Lors de la pulvérisation de l'adulticide, il est primordial d'avoir, au préalable, nettoyé la surface à pulvériser", insiste Alain Garzuel, d'ADTech. Pulvériser sur de la poussière, c'est minimiser l'impact de son traitement.