
C omme la production européenne, la production française d’œufs est à nouveau en repli en 2007. C’est la baisse la plus importante enregistrée ces trois dernières années.
Le marché français se caractérise d’abord par une hausse de la part des œufs alternatifs (label rouge, plein air, bio). Leurs ventes progressent à la fois en volume et en valeur. Ils représentent aujourd’hui 29 % des volumes vendus dans la grande distribution et 43 % du chiffre d’affaires du rayon œufs. La part des effectifs de poules en systèmes alternatifs se stabilise autour de 19% du cheptel de pondeuses (21 % en Europe). La production française d’œufs se caractérise aussi par une part croissante des ovo-produits (poudres et liquides) qui représentent 36 % de la production. Sur une consommation moyenne de 250 œufs par personne et par an, un tiers serait consommé sous forme d’ovo produits. Au niveau des échanges, le déficit français en œufs coquille (importations provenant essentiellement d’Espagne) se creuse alors que le solde d’ovoproduits est en net excédent.
Un prix bien orienté
En 2007, la France reste le 1er producteur européen devant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. En 2008, on s’oriente vers une reprise de la production en France et dans d’autres pays d’Europe comme l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
Les cours se sont maintenus à un bon niveau en 2007. La cotation affiche une hausse de 20 % par rapport à 2006. Le prix observé pour la moyenne des clôtures comptables est identique au point haut de 2004.
Au 1e semestre 2008, la cotation des œufs reste bien orientée, malgré un fléchissement saisonnier particulièrement marqué cette année. La reprise de l’offre contribue au plafonnement des prix. En effet, une très légère augmentation de production est suffisante pour entraîner une baisse conséquente des cours de l’œuf.
Le poids de l’aliment
Comme dans les autres productions animales hors-sol, les éleveurs de poules pondeuses ont été confrontés à la flambée du prix de l’aliment qui enregistre une augmentation de 24 €/T par rapport à 2006. L’aliment reste la principale charge en œufs de consommation : 58 % du coût de production, sans intégrer l’aliment de l’élevage de poulettes.
La hausse a été en partie répercutée sur le prix de vente consommateurs. Avec le lait et les pâtes, les œufs font partie des produits affichant les plus fortes augmentations de prix pour le consommateur.
Au final, la marge brute progresse grâce à la remontée du prix des œufs et grâce à de bonnes performances techniques. La productivité monte à 304 œufs par poule. L’indice de consommation tend à s’infléchir après une dégradation en 2006 liée à la grippe aviaire.
La bonne tenue des cours a permis une remontée des revenus des producteurs après la crise de 2005. La marge nette d’autofinancement est largement positive et la situation financière s’améliore. Cette tendance ne reflète pas forcément les résultats économiques de la filière qui doit faire face à une concurrence effrénée entre opérateurs.
Des perspectives incertaines
Comme la production porcine, la filière œufs de consommation est pénalisée aujourd’hui par la hausse durable des matières premières. Les contrats sont revus à la baisse. Le maintien de la rentabilité est pourtant vital pour les éleveurs qui devront faire face à la mise en place des normes bien être au 1e janvier 2012. Cette nouvelle législation communautaire n’aura pas le même impact dans tous les pays d’Europe, notamment dans les pays du Nord de l’Europe dont la part de pondeuses alternatives est plus élevée. L’installation systématique de cages aménagées va entraîner une forte hausse des coûts de production dans un contexte d’incertitudes lié aux négociations de l’Organisation Mondiale du Commerce. L’ouverture accrue des frontières risque de faciliter l’accès au marché européen à des importations qui ne respecteraient pas ces nouvelles normes, notamment en ce qui concerne les ovoproduits dont les échanges se développent au niveau mondial.
Geneviève Audebet
CER France Côtes d’Armor
Photo : La France est le premier producteur européen d’œufs devant l’Allemagne et l’Espagne