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Lait / Des vaches moins émettrices de gaz à effet de serre - Quand la vache rumine, la planète trinque
 
Le pet des vaches fait toujours bidonner les amuseurs-amusés. Depuis que le professeur Jouanny, de l'Inra de Theix, a mesuré les flatulences des bovins, nombreux sont les commentaires fétides qui ont fusé. Certains y ont vu une aubaine pour culpabiliser les vaches – et par ricochet les éleveurs – en les mettant sur le grill du réchauffement climatique.

Effet de serre limité

Dernière attaque en date, l'association internationale du transport aérien qui, dans une campagne de communication intitulée "Danger CO2W" (cow = vache, en anglais), affirme que les vaches produisent plus de CO2  que le transport aérien. Eurostar semble trouver ce vent nauséabond porteur puisque la compagnie ferroviaire estime à son tour que les vaches qui regardent passer le train contribuent plus que les voyageurs à l'effet de serre. L'espèce humaine ne manque pas d'air pour s'absoudre de ses mauvais gaz…
Le groupe Glon-Sanders veut faire exploser cette bulle un peu vache en expliquant que, "si les bovins sont coresponsables de l'effet de serre, ils ne représentent que 7,6 % du pouvoir de réchauffement global en France". Encore moins qu'il y a 20 ans puisque le cheptel bovin a diminué de 20 % en Europe ces deux dernières décennies. Au plan mondial, la responsabilité des bovins ne serait que de 2-3 %. Pas de quoi crier mort aux vaches…

Ration moins méthanisante

Principales responsables des éructations bovines de méthane – car la vache rote plus qu'elle ne pète ! – : les fermentations de la panse. "La ration reste environ 24 heures dans le rumen. Une partie de la flore microbienne produit du méthane que la vache évacue en émettant un rot toutes les minutes", explique Jean-Philippe Rousseau, responsable ruminants au centre de recherches en nutrition animale de Sourches, dans la Sarthe. "Ces fermentations digestives représentent environ 2/3 des émissions agricoles de méthane, l'autre 1/3 vient du stockage des déjections".
Dans cette station expérimentale, des essais ont été conduits avec des rations "réduction de méthane". Ces travaux s'inscrivent dans le prolongement d'une précédente recherche destinée à produire un lait moins riche en matière grasse et contenant plus d'acides gras favorables à la santé du consommateur (acides gras insaturés et poly insaturés).
Et c'est en travaillant sur la composition nutritionnelle du lait que les chercheurs de Sourches se sont aperçus qu'il était possible d'améliorer l'efficacité alimentaire. "En modifiant la composition de la ration, on réduit la population de bactéries qui produisent du méthane", fait observer Bernard Mahé, directeur.

Supplément de matière grasse

Dans la pratique, il s'agit d'enrichir la ration en acides gras insaturés. "C'est-à-dire apporter de la graine de colza, de soja, de tournesol, de lin, etc. Plus la matière grasse est insaturée, plus c'est efficace".
À la station expérimentale, les 50 Holstein reçoivent une ration contenant 400 g de matières grasses insaturées. "Cette supplémentation ne s'improvise pas. Elle doit prendre en compte les quantités et la qualité des protéines et des autres sources d'énergie (amidon, fibres), l'acidité ruminale, les apports minéraux", insiste B. Mahé avant d'expliquer que "les risques pour la santé des vaches peuvent être importants si les fondamentaux ne sont pas respectés".

Didier Le Du

 Photo :


 

L’Inra cherche à réduire la méthanogénèse 

 Le CH4 est un produit formé pendant la fermentation des aliments dans le rumen des ruminants et représente en moyenne une perte de 7% de l’énergie ingérée par l’animal. Le CH4 est aussi un puissant gaz à effet de serre. A l’échelle mondiale, l’élevage contribuerait à hauteur de 18% aux émissions totales de gaz à effet de serre (FAO, 2006). En Europe, la quasi-totalité des émissions de CH4 liée à l’activité d’élevage provient des fermentations digestives des herbivores (70%) et des déjections animales (30%). Pour améliorer le bilan en gaz à effet de serre de l’agriculture, l’un des moyens recherchés est la réduction de la production de méthane par les ruminants. En effet, la durée de vie du méthane dans l’atmosphère étant de 12 ans, alors qu’elle est de 100 et 120 ans pour le gaz carbonique et le protoxyde d’azote, une réduction des émissions de méthane aura des effets plus rapides sur l’environnement.Prudence de l’Inra
Différentes approches sont étudiées dans de nombreux pays pour diminuer les émissions de méthane d’origine digestives. L’utilisation de biotechnologies pour modifier l’écosystème microbien (sélection de microorganismes du rumen par élimination des protozoaires ou par inoculation de souches bactériennes exogènes, vaccination contre les microorganismes méthanogènes…) ou d’additifs alimentaires nouveaux (extraits de plantes, acides organiques…) sont des voies théoriquement prometteuses. Malgré des annonces optimistes dans la presse, selon l’Inra, leur application est cependant prématurée car il s’agit d’essais menés dans des conditions éloignées de la pratique, le plus souvent in vitro. En France, l’Inra de Clermont-Theix s’implique très fortement sur les moyens de réduire la méthanogenèse en jouant sur la composition de la ration distribuée aux animaux. A l’heure actuelle, c’est le seul site français où des mesures quantitatives des émissions digestives de méthane par les ruminants sont réalisées.
(Source Inra)


11 g de méthane par litre de lait

L'enrichissement de la ration en acides gras insaturés permet de réduire la production de méthane à 11 g/l de lait contre 19 g/l avec une alimentation classique. "Si tous les élevages laitiers du Grand-Ouest fonctionnaient comme celui de Sourches, les rejets digestifs de méthane seraient réduits de plus de 40 % par an, soit moins 82 000 tonnes", commentent les responsables des essais.
Sur le plan économique, l'enrichissement de la ration en matières grasses se traduit par un surcoût alimentaire de 5 euros/1 000 litres. Surcoût compensé, selon les responsables de la ferme expérimentale, par une augmentation de la production par vache, une amélioration de l'état corporel des animaux (fertilité) et une baisse du taux butyreux.
 

 


REPÈRES

•100 litres pour une vache adulte, c’est le volume de la panse ou rumen.

•400 à 600 litres par jour de méthane et 600 à 900 litres par jour de gaz carbonique en moyenne de rejet pour une vache.

•7% de l’énergie ingérée est rejetée sous forme de méthane.

•6% de lipides issus de la graine de lin apporté dans la ration a permis, selon l’Inra de Theix, de diminuer la production de méthane des animaux de 27 à 37%.
 


Le rumen,
un écosystème complexe

 Les ruminants présentent l’extraordinaire capacité de pouvoir digérer de manière efficace les fourrages et plus précisément les parois des cellules végétales constituées principalement de cellulose. La digestion de la cellulose se fait essentiellement dans le rumen grâce à une population microbienne dense. Au cours du processus de digestion de ces substrats végétaux, les micro-organismes trouvent le carbone et l’énergie nécessaires à leur développement et produisent en contrepartie dans le rumen  des molécules énergétiques (acétate, propionate...) et des protéines nécessaires à l’animal, et  des gaz rejetés dans l’atmosphère par éructation . Outre la perte énergétique pour l’animal le méthane éructé par les ruminants contribue au réchauffement de la planète. 



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Date de l'article : semaine du N° du 18 au 24 Juillet 2008
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Les glaces, délices de la ferme de Patricia et gilles





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