
L a sortie de crise est en vue. C’est le sentiment exprimé par Guillaume Roué, président d’Inaporc. Certes il se garde de toute euphorie, en voyant plutôt le bout du tunnel pour la fin de l’année, après l’automne,
même si le prix actuel permet de se rapprocher des coûts de production. L’équilibre offre/demande devrait alors s’inverser.
« L’explosion des coûts de production, plus particulièrement les matières premières, a fragilisé les éleveurs partout en Europe. La baisse du cheptel truies est importante dans plusieurs pays. Ce qui automatiquement va affecter dans quelques mois les volumes de productions disponibles sur les marchés. Certains bassins, la Bretagne en fait partie, montrent cependant une capacité de résistance plus importante que d’autres ».
Il ne fait aucun doute pour lui que cette capacité de résistance bretonne est à la fois le résultat de la technicité des éleveurs qui affichent d’excellentes performances, mais aussi de son organisation économique. « Les différents partenaires, (groupements, banques, interprofession) ont accompagné les éleveurs tout au long de cette période difficile : plus de 500 millions d’euros injectés. Ce qui a permis de préserver le potentiel de production ». Il rappelle que 70 % des outils industriels sont aux mains de groupes coopératifs. « Ils ont assuré, en garantissant l’enlèvement et l’abattage de tous les porcs. Contrairement à ce que l’on peut entendre parfois ils sont en permanence présents sur les marchés, y compris à l’exportation ».
Rassembler plutôt que diviser
Guillaume Roué réfute d’ailleurs la vision trop régionale de certains acteurs de la filière porcine bretonne. « La Bretagne représente 6 % de la production européenne et la France seulement 10 %. De fait, dans une vision économique, le périmètre est au minimum européen et plus sûrement mondial. Nous sommes con-traints d’exporter pour valoriser (Japon, Corée) et parfois pour dégager (Russie). Nous avons donc tout intérêt à nous impliquer dans une action globale qui vise à faire exister le produit porc français à l’étranger ou en comparaison à d’autres viandes ». Une politique qu’il veut complémentaire des démarches d’entreprises ou de marques.
Dès lors il ne voudrait pas que certains se trompent de combat, notamment dans le cadre des discussions autour de l’interprofession. Et s’engagent dans « une guéguerre politique qui se doit de diviser pour régner, alors qu’il est préférable d’intégrer une démarche économique qui doit rassembler pour régner ». Il rajoute : « La Bretagne a tout à gagner à s’ouvrir. Aussi la volonté d’opposer une interprofession nationale forte et une organisation régionale structurée du type des CIR (Comités interprofessionnels régionaux) qui se mettent en place dans la plupart des régions et s’appuient sur les producteurs et les partenaires industriels n’a pas lieu d’être ».
« Le Paris qui décide et la Région qui exécute », entendu récemment, ce n’est donc pas son crédo. Et l’agace particulièrement. « Je me revendique comme un Breton dans une interprofession nationale ». Mais il rejette tout autant l’idée de structures régionales recroquevillées sur elles-mêmes et une interprofession nationale, privée de moyens d’action, qui ne serait alors qu’une coquille vide. « L’interprofession nationale a la capacité à s’exprimer et à défendre des dossiers communs (communication, équarrissage, sanitaire, OMC, Pac…) ; les structures régionales à conduire des actions dans l’intérêt spécifique des acteurs de leur région. En sachant que la position particulière de la Bretagne lui confère l’autorité pour gérer des outils comme le MPB ou Uniporc ».
Pierre Dénès
Photo : Guillaume Roué, président de l’interprofession porcine (Inaporc)