
Dans une maison d'habitation, l'isolation est la meilleure réponse aux problèmes d'énergie. "Nous savons construire des logements à énergie positive. L'énergie apportée par quelques panneaux solaires, ajoutée aux calories dégagées par les habitants ou par les appareils électro-ménagers suffisent à maintenir une bonne température dans une habitation isolée selon des normes Haute Qualité Enironnementale", affirme Henri Le Pesc, directeur du CAUE (Conseil architecture, urbanisme et environnement) des Côtes d'Armor.
En bâtiments d'élevage, la problématique est différente. Les besoins de chauffage sont différents selon les stades physiologiques des animaux. La production d'énergie est telle, en fin de croissance, qu'elle impose une forte ventilation pour abaisser les températures. Un nombre important de calories perdues qui seraient pourtant bien utiles en début d'engraissement quand les températures en porcheries ou en poulaillers sont trop basses. "Il faut améliorer les techniques de récupération de chaleur sur l'air extrait des bâtiments". Place à la réflexion et à l'innovation pour bannir le gaspillage. "Eviter les aberrations telles que la conduite de plusieurs poulaillers d'un même élevage en tout plein tout vide au même moment quand la chaleur dégagée par les uns pourrait satisfaire les besoins de chauffage des autres". Les échangeurs thermiques ont donc un bel avenir pour Henri Le Pesc qui considère, par exemple, que la totalité des bâtiments de Paris pourraient être chauffés par l'air extrait des bouches de métro à condition d'être préalablement bien isolés.
Le bois a une carte à jouer
Les matériaux de construction vont également évoluer. Le métal et le ciment vont, selon lui, progressivement disparaître des chantiers. "Le chanvre, la paille et le bois sont des matériaux d'avenir. Il y a de la place pour une industrie du bois en Bretagne. Encore faudrait-il commencer à planter pour avoir du bois d'œuvre dans quelques années". Globalement, l'architecte considère que le monde agricole est très ouvert aux nouvelles techniques de construction, économes en énergie. "Certains exploitants acceptent même un surcoût car ils considèrent que c'est positif pour leur image et celle de la profession. Ensuite, l'effet de mimétisme fonctionne bien dans le milieu".
Réhabiliter les logements anciens
Le directeur du CAUE est, par ailleurs, favorable à la réutilisation des bâtiments existants. La déconstruction a un coût en raison de la présence de matériaux en amiante dans les bâtiments d'élevage. "Dans l'habitat humain, il est également préférable de réhabiliter l'existant plutôt que de démolir comme on le fait trop souvent, y compris dans le cas des immeubles. Trop coûteuse et préjudiciable à l'environnement en raison des volumes de déchets à traiter, la déconstruction est la dernière solution à envisager". Autant de changements de comportement qu'il faut encourager pour changer radicalement la donne en matière d'économie d'énergie.
Bernard Laurent
Photo : La porcherie du lycée de Kernilien à Guingamp.
Une porcherie HQE au lycée de Guingamp
Le lycée de Kernilien vient de mettre une porcherie Haute Qualité Environnementale en service. Trois cibles prioritaires ont été retenues lors de la construction : les économies d’énergie, la facilité d’entretien et l’intégration paysagère.
La place laissée à la lumière naturelle est importante. Le toit et le couloir central entre deux blocs de bâtiments à double pente sont vitrés. Ces puits de lumière donnent une grande luminosité intérieure diffusée dans les salles par les baies vitrées. Ce choix permet de minimiser la consommation énergétique pour l’éclairage des salles. Il participe aussi à l’amélioration des conditions de travail dans la porcherie.
La structure a été réalisée en plusieurs blocs pour éviter l’aspect massif, faciliter l’intégration paysagère et améliorer l’isolation phonique. Les façades, en partie haute, sont en bardage bois. L’essence retenue est le Douglas, naturellement imputrescible, donc non traité.
Le choix de la paille en engraissement répond à l'impératif de compostage pour limiter le plan d'épandage.
Une cuve de récupération de l’eau pluviale suffit aux besoins du lavage de la porcherie.