
Les six premières Limousines ont posé le sabot en Finistère en 1967. C'était chez René Danion, éleveur à Ergué-Gabéric qui, quelques années plus tard, deviendra le 1er président du syndicat de race. Un syndicat qui, dimanche 29 juin, a fêté ses 30 ans à Kerlavic, autour d'une grillades-party. Avec de la viande Limousine, est-il besoin de le préciser…
La race du temps libre
"J'avais un troupeau de Bretonne Pie Noir. Je ne voulais pas passer toute ma vie à traire les vaches, d'autant qu'à l'époque il était quasi impossible de trouver un salarié pour traire les vaches. La traite était considérée comme une tâche réservée aux femmes", raconte René Danion.
Le premier déclic jaillit lors d'une réunion Chambre d'agriculture à Briec. L'éleveur d'Ergué entend parler d'un éleveur du Limousin qui croise des vaches Pie Noir avec des taureaux Limousins. Très vite, il applique la recette. "Finie la traite, je pouvais enfin me libérer et ne plus travailler le samedi après-midi".
Le croisement s'avère une réussite pour la production de mâles que des éleveurs du Nord-Finistère s'arrachent. "Pour ne pas avoir de concurrence, ces derniers disaient même à leur entourage que les animaux venaient du Pays bigouden". Reste que les femelles, petites et grassouillettes, étaient difficiles à valoriser. D'où l'idée de s'orienter vers la Limousine pure.
C'est en 2 CV que René Danion part chercher ses premières Limousines dans le berceau de la race. "Je pensais ramener un veau dans le coffre", dit celui qui remarqua les canapés élimés des agriculteurs limousins, signe qu'ils avaient le temps de s'asseoir. Alors qu'en Finistère, les fauteuils, quand ils existaient, restaient protégés sous un drap.
La raison l'emporte et c'est finalement 6 femelles et un mâle qui font le trajet en bétaillère. Dès lors, René Danion n'aura de cesse de faire la promotion de la race. "Une race facile", décrit ce pionnier qui met en avant "sa facilité de vêlage. Qualité encore plus essentielle aujourd'hui car les campagnes se sont vidées et les troupeaux agrandis".
La qualité tire la race
"Le département compte à présent 9 000 Limousines, soit un tiers des effectifs vaches allaitantes", poursuit Maurice Even, deuxième président du syndicat et éleveur à Pont-Aven, qui a découvert la race en passant ses examens agricoles dans la région de Limoges. C'est à lui qu'est revenue la délicate tâche d'accompagner la mise en place du label. "Ce signe de qualité a tiré la race", commente-t-il.
"Car les effectifs continuent de progresser", note André Riou, actuel président de Limousine Finistère, indiquant qu'aujourd'hui il y a plus de Limousines hors berceau que dans le berceau même de la race. "Dans le Finistère, on trouve de nombreux troupeaux sur une ligne Quimper-Carhaix. Avec une plus forte concentration dans le Centre-Finistère. À Plounévézel, il y a d'ailleurs plus de vaches allaitantes que de vaches laitières", complète Raymond Barré, animateur technique des races à viande de la Chambre d'agriculture.
Didier Le Du
Séduire le consommateur
Dans un contexte de baisse de consommation de viande, les éleveurs limousins s'attachent à produire le type de viande recherché par le consommateur. "Il faut essayer de garder sa place au soleil", résume André Riou.
Mais que recherche exactement le consommateur ? "La tendreté", dit sans détour le président de Limousine Finistère. Et selon ses promoteurs, la race serait bien placée : "La viande fond en bouche. Elle est de couleur très rouge avec un grain fin". Reste qu'il faut le faire savoir. "La commercialisation est le chantier de demain", en conviennent les responsables qui signalent aussi "l'explosion de l'exportation de reproducteurs finistériens. Le bon état sanitaire du département est un atout".
Photo : Une centaine de personnes ont participé aux 30 ans de la Limousine.