
Des coûts de matières premières qui s'envolent, des stocks qui s'avèrent au plus bas dans une Union à 27 en phase de renégociation de sa politique agricole… L'agriculture doit, de plus en plus, combiner avec ces difficultés, tout en ayant devant elle un défi majeur : réussir à nourrir une population mondiale grandissante. Comment faire face à la hausse des coûts ? Comment parvenir à un partage de la valeur qui permette à tous les maillons de la filière de se rémunérer ? Telles ont été quelques unes des questions évoquées par les participants de la table-ronde organisée par Cogedis, lors de son assemblée générale jeudi 19 à Pacé.
Volatilité multi factorielle
Revenant sur les causes de l'actuelle volatilité des prix, Philippe Durance, économiste, a tempéré l'impact de la hausse de la consommation dans les pays émergents. "Pour la Chine, le modèle fonctionne bien. Mais pour l'Inde, ce n'est pas aussi vrai. Il faut relativiser le poids de ces deux pays dans l'évolution des prix." Même réserve quant aux rôles de la crise financière et des spéculations parfois à outrance : "les relations entre les marchés financiers et le marché alimentaire sont complexes. La spéculation a des incidences, mais il est difficile d'évaluer son rôle sur la hausse du coût des matières premières", a-t-il indiqué avant de préciser que "la financiarisation de l'agriculture se poursuivra certainement à l'avenir".
Marché à terme = passage obligé
En conséquence, pour Renaud de Kerpoisson, PDG d'Offre et demande agricole (société de conseil indépendante), les agriculteurs n'auront d'autre choix, demain, que de s'impliquer dans cette "financiarisation" aux travers des marchés à terme, seule solution pour gérer la volatilité des prix. "Bruxelles nous a transformés en spéculateurs malgré nous. Désormais, il nous faut jouer dans ce système international et apprendre à gérer la volatilité", a-t-il lancé, avant d'insister sur la nécessaire formation des agriculteurs sur la question, dès aujourd'hui. "Les agriculteurs doivent apprendre à vendre", a-t-il martelé, balayant d'un revers de main les difficultés évoquées, notamment par Pierre Rouault, président de Cogedis, pour connaître les prix de certaines matières premières (intrants, fuel) à l'avance.
Réflexion sur les produits
Outre sur la mise en marché, les agriculteurs devront plancher, demain, sur les types de produits proposés à la vente. Pour l'économiste Philippe Durance, "il faudra réfléchir à ce qui se vend avant de réfléchir à ce que l'on peut produire". Pour Jean-Luc Perrot, directeur adjoint du pôle de compétitivité Valorial, l'aspect "service" apporté au consommateur sera de plus en plus important. Les produits devront être à la fois pratiques, sécurisés, sources de plaisir, équitables et… au prix maîtrisé bien sûr. Une délicate équation qui nécessite de travailler, encore et toujours, sur l'aspect communication. La tâche n'est pas aisée mais elle est possible : "il y a de plus en plus de création de valeur ajoutée dans l'Ouest, a confirmé Jean-Luc Perrot. L'enjeu est qu'elle soit bien répartie." À la lumière de tous ces éléments, pour le président de Cogédis Pierre Rouault, "notre succès dépendra, demain, de notre capacité d'adaptation".
Anne-Laure Lussou
Photo : Renaud de Kerpoisson, PDG d'Offre et demande agricole, Jean-Luc Perrot, directeur adjoint du pôle de compétitivité Valorial, Philippe Durance, économiste, et Pierre Rouault, président de Cogedis.