
Pour s'adapter à des débouchés en diminution, la filière dinde française a réalisé des efforts d'ajustement de l'offre. Les difficultés persistent, même s'il existe quelques pistes d'amélioration. Tour d’horizon avec Agnès Braine de l’Itavi.
1- Une production française en baisse
469 000 t en 2008, la production est en repli depuis 2001 de 7,5 % par an en moyenne (-9,4 % en 2007), retrouvant ainsi son niveau du début des années 1990. Le recul atteint près de 300 000 t. sur les 7 dernières années, soit une perte de près d'un tiers des volumes produits. Ces derniers ont dû s'ajuster à un recul des débouchés à l'exportation qui ont diminué de moitié en 7 ans, alors que les importations ont été multipliées par 3.
2- Sept dindes sur 10 dans l'Ouest
Le développement de la production s'est accompagné d'une forte concentration régionale. Dans les années 1980, plus de 55 % de la production française était abattue en Bretagne et 15 % en Pays de la Loire. Depuis le poids de la Bretagne a baissé (47 %) au profit de la région Pays de la Loire (23 %). Sept dindes sur 10 sont produites dans ces 2 régions.
3- Un repli de la consommation
En 2007, chaque français a consommé 5,6 kg de viande de dinde, soit 23 % de sa consommation globale de volailles estimée à 25 kg. Depuis 2001, où un niveau de 7,2 kg avait été atteint, la consommation chute, au profit du poulet et du canard. La dinde souffre d'un renchérissement de ses coûts de production qui se répercute sur le prix de vente au consommateur.
4- Des difficultés croissantes à l'exportation
La réduction des débouchés à l'exportation (124 0000 t de viandes en 2007 contre 267 000 t. en 2002) explique en grande partie le recul de la production nationale. La France a exporté 36 % de sa production de dinde en 2007 contre 47 % en 2000. Les ventes de carcasses fraîches et congelées sont en fort repli vers l'Allemagne et l'Italie. Sur le marché allemand, la France ne représente plus que 7 % des apports contre 42 % pour le Brésil. La Belgique est devenue notre principal débouché devant l'Allemagne.
5- Des importations en hausse
En 1995, les importations de carcasses, découpes et préparations de dindes ont représenté moins de 6 000 t. En 2007, elles concernent près de 32 000 t. soit 5 fois plus. Les arrivages en provenance du Brésil sont en forte hausse, ce pays devenant le 4ème fournisseur.
6- Une compétitivité remise en cause
La compétitivité de la viande de dinde est remise en cause par rapport aux autres viandes utilisées pour la transformation. La hausse des matières premières a pénalisé la dinde par rapport au poulet (indice plus élevé). Le retour des viandes salées moins faiblement taxées, à partir de l'été 2006, accentue la pression concurrentielle sur les viandes de volailles destinées à la transformation. Les accords bilatéraux avec le Brésil et la Thaïlande offrent des contingents importants à droits réduits aux deux principaux fournisseurs du marché communautaire, avec notamment pour le Brésil, un contingent de 92 000 t. de préparations de dinde taxées au droit réduit de 8,5 %.
Dans un contexte de baisse de la consommation de viande, la dinde, par sa facilité de préparation, a quelques atouts, par exemple dans la RHD (restauration hors domicile) où les ventes ont progressé de 3,5 % au premier trimestre 2008. Les ventes de produits panés ont également progressé de 15 % en 2007. La prise en compte croissante des aspects diététique et nutritionnel, l'évolution du mode de vie, la stagnation du pouvoir d'achat, sont autant d'éléments pour mettre en valeur les atouts de la dinde.
Patrick Bégos