
Plusieurs bassins de production se demandaient si la Bretagne ne serait pas la prochaine victime de la crise" déclare François Saint Lager, de Breizh Europe. La performance économique de la filière lui permet de résister. Elle a même des atouts. "La production est de qualité. Les viandes sous signe de qualité en témoignent". Les opportunités sont également nombreuses. "Le pétrole cher doit nous inciter à jouer la carte de la proximité. Plus globalement, la consommation mondiale de viande explose sous les effets conjugués d'une démographique galopante et de la hausse du pouvoir d'achat". La crise alimentaire actuelle pourrait fait prendre conscience aux populations qu'il ne faut pas bannir, sans justification réelle, les nouvelles technologies ou les farines animales et aux États européens qu'une agriculture compétitive est nécessaire.
En finir avec les querelles de clocher
Le marché existe, pour plusieurs années. Les fournisseurs ne seront pas si nombreux. Les bassins de production émergents devront d'abord produire pour leur population, de plus en plus désireuse de protéine animale. Il faut, selon François Saint Lager, raisonner au niveau européen voire mondial. "Les querelles de clochers nous fragilisent. Avec 105% d'autosuffisance en viande de porc, une vision franco-française nous obligerait à réduire la production". Il y a donc de la place pour une filière porcine forte à condition de s'en donner les moyens, au niveau régional par une concentration des structures, et au niveau européen par des mesures politiques qui la protègent, ou du moins, ne la fragilisent pas.
Les viandes : monnaie d'échange
La baisse des droits de douane fait peur. "La baisse envisagée est telle qu'elle rendrait certains produits importés (désossés, jambons) compétitifs sur le marché européen". Quel sera le contingent de viande de porc, autorisé à l'importation? "Nous n'avons pas encore de chiffres mais ça se présente mieux en porc que pour d'autres viandes". Ces accords internationaux sont en discussion. La viande sert de monnaie d'échange avec des produits de haute technologie. La qualité des produits importés ne répond pas toujours à un cahier des charges aussi rigoureux que celui exigé en France ou en Europe. La protection du marché intérieur par des accords non commerciaux, basés sur des aspects environnementaux, sanitaires, sur le bien être, l'absence d'OGM ou de farines, est difficile. "Dans l'Union européenne, nous avons les meilleurs produits au monde. Cela n'empêche pas les importations. L'OMC et les grandes institutions mondiales ne veulent pas entendre parler de ces distorsions de concurrence". D'ailleurs, quels moyens auraient l'Union européenne pour protéger son marché ? "Il n'y a pas d'harmonisation au niveau des douanes dans les différents pays de l'Union".
Nouveaux outils de gestion des marchés
Le marché européen s'ouvrira de plus en plus sous l'effet de la libéralisation accrue des marchés mondiaux. Il faudra toutefois conserver certaines mesures de protection. "Le stockage privé n'est pas la panacée. Les restitutions qui ont été reconduites en raison de la parité défavorable euro-dollar n'ont pas d'avenir. De nouveaux schémas de gestion de crise ou de marché sont à définir". La répartition des aides entre céréaliers et éleveurs doit également être discutée. Sous l'effet de crise alimentaire mondiale, une vingtaine de pays, parmi les plus libéraux, ont pris des mesures de taxes à l'exportation et de stockage stratégique. Ces mesures étaient inenvisageables, il y a seulement quelques mois. Le Farm Bill pourrait être encore plus protecteur pour l'agriculture américaine si les démocrates remportent les élections. "Le système d'aides européen, conçu il y a plusieurs années, a vécu. Pour autant, il ne faut pas tout casser".
Bernard Laurent
Légende : François Saint Lager, de Breizh Europe, est intervenu à l'assemblée générale du groupement L'Armorique
L'activité 2007 du groupement
l'Armorique
•900 170 charcutiers commercialisés (923 448 en 2006)
•12 219 truies de réforme
•463 adhérents dont 230 en Côtes d'Armor et 209
en Morbihan
•56% de naisseurs engraisseurs
•35% post sevreurs engraisseurs
•6% post sevreurs engraisseurs de maternités collectives
•27,1 sevrés/truie productive/an (+0,2 par rapport à 2006)
•12,7% de pertes/nés vifs
•24,1 jours d'âge au sevrage