
Différents systèmes d'évacuation des lisiers frais sont testés à la station expérimentale de Guernevez (29). Raclage mécanique des fosses sous caillebotis ou chasses d'eau, les résultats en terme d'émission de gaz diffèrent selon le principe d'évacuation. Les différentes installations semblent néanmoins satisfaisantes. "L'objectif est d'améliorer l'ambiance et les conditions sanitaires dans le bâtiment et donc les performances en croissance" déclare Brigitte Landrain, responsable de la station expérimentale.
Le racleur en “V” a de l'avenir
Le raclage mécanique en "V" des fonds de fosse permet d'évacuer les lisiers et de séparer directement les phases liquides et solides. Il est en fonctionnement depuis un an dans l'une des porcheries neuves, sous caillebotis intégral. Le même système était déjà à l'essai dans une porcherie plus ancienne sous caillebotis partiel. La différence de résultats est significative en terme de séparation de phase, d'émissions de gaz et de performances zootechniques en faveur du caillebotis intégral. "41% des déjections sont récupérées sous forme d'un solide à 29% de taux de matière sèche contenant 89% du phosphore et 56% de l'azote", poursuit Brigitte Landrain. Les émissions de gaz diminuent de 58% pour l'ammoniac et de 40% pour le protoxyde d'azote par rapport à une porcherie témoin non équipée d'évacuation des lisiers frais. Les performances techniques témoignent d'une bonne ambiance et de bonnes conditions sanitaires. "815 g de GMQ/jour, 2,74 d'indice de consommation, 59,3 de TMP et 2,2% de pertes en croissance". Ces résultats sont supérieurs à ceux enregistrés dans les autres porcheries de la station pendant la même période. "Le bâtiment est neuf. C'est donc un peu tôt pour tirer des conclusions définitives. Le système d'évacuation mécanique en "V" semble quand même avoir un bel avenir".
L'équipement est fiable et nécessite peu d'entretien. Les racleurs, en "V" ou à plat doivent avancer sur un fond de fosse parfaitement lisse. Ils sont fabriqués en matériaux inoxydables, de même que les câbles et les chaînes d'entraînement. "Il s'agit du même principe de base que l'extraction des lisiers en élevage de lapins. L'équipement a donc un peu de vécu". Son implantation dans un bâtiment existant est difficile dans le cas des fonds de fosse en "V". "Sur fond plat, c'est à voir mais il n'y a pas de séparation directe des déjections solides et liquides".
Chasses d'eau et fonds ondulés
Les systèmes hydrauliques de nettoyage des préfosses donnent également de bons résultats. Les émissions d'ammoniac diminuent d'environ 55%. La profondeur des caniveaux ondulés dans la préfosse de l'une des porcheries a été revue. "Les fonds ondulés étaient trop marqués. Les déjections collaient au béton et formaient des croûtes. S'ensuivait une invasion de mouches". Depuis la modification en mars 2007, le nettoyage par chasse d'eau (bac basculant) donne satisfaction. Croûtes et mouches ont disparu. Le système sans préfosse, avec simplement des gouttières plastiques de 10 cm de largeur dans le sol, de 15 cm de profondeur et avec une fente de 2,4 cm pour laisser passer les déjections s'oppose à la réglementation. Celle-ci impose des fentes de 1,8 cm seulement. "Insuffisant pour laisser passer les déjections solides".
Dans tous les cas, l'évacuation des lisiers frais est intéressante pour limiter les émissions de gaz dans la porcherie mais aussi en externe. "Pas besoin de laveur d'air. Le problème est réglé à la source". Les porcheries équipées permettent de meilleures performances zootechniques que celles qui ne le sont pas. Brigitte Landrain se veut prudente. "Tous ces résultats sont à confirmer sur le long terme".
Bernard Laurent
Photo : Un système de raclage mécanique en "V" des fonds de fosse qui permet d'évacuer les lisiers frais et de séparer directement les phases liquides et solides des déjections.