
L'inauguration d'une station collective de traitement de lisier ne constitue plus une nouveauté en soi, sachant qu'aujourd'hui 19 unités collectives sont en fonctionnement sur le département. Sauf qu'à Milizac, qui compte aujourd'hui 5 stations biologiques, la petite manifestation de vendredi dernier reste un événement, tant ces huit dernières années ont été jalonnées de conflits. Des conflits qui ont laissé des traces dans les relations locales, entre voisins, au sein des familles.
Car à Milizac, lieu sensible sur le sujet, le projet Val Ouest a particulièrement divisé les habitants. En sera-t-il autant pour la construction de la future station d'épuration communale qui fonctionnera selon le même principe des stations biologiques de lisier ? Pas si sûr. Mais là est un autre débat.
Tourner la page
En voulant une inauguration officielle, avec participation d'élus et de représentants de l'administration, le tout suivi d'une porte ouverte à destination de la population, les membres du GIE plaident pour l'apaisement. Les éleveurs veulent oublier un conflit qui a trop longtemps échauffé les Milizacois. "Nous avons voulu une inauguration dans la transparence", a commenté Jacques Milin, président du GIE, visiblement déterminé à tourner la page.
C'est aussi le message qu'ont livré à tour de rôle les élus et officiels qui se sont succédé à la tribune. Avec tout d'abord ces félicitations de Marguerite Lamour, députée de la circonscription de Brest rural, "pour l'opiniâtreté des éleveurs à mener leur projet jusqu'au bout. Un jour nous vous remercierons". Et de rappeler que "l'agriculture a le devoir de nourrir le monde". Des propos qui seraient passés presque inaperçus il y a encore quelques mois, tant l'on croyait que l'alimentation des populations occidentales était acquise pour l'éternité.
Gonthier Friederici livre un message similaire quand il fait référence à l'époque pas si lointaine où "les agriculteurs ne montraient plus leurs réalisations. Or, il ne faut pas avoir honte de type d'ouvrage qui illustre la politique de développement durable telle que nous la voulons, c'est-à-dire dynamique sur le plan économique et respectueuse de l'environnement". "Agriculture dynamique mais respectueuse de l'environnement" est aussi l'expression distillée par le maire, Fanch Guiavarc'h, qui "soutient l'initiative du GIE", déclarant que "le temps a passé depuis 2000 et les traumatismes laissés par Val Ouest".
Ces propos précédents sont relayés par Pierre Maille, président du Conseil général, qui "appuie ce type de projets collectifs acceptés, dans lesquels se regroupent producteurs plus importants et petits producteurs". Et d'ajouter que, si "la production agricole est indispensable à notre région, elle ne peut se réaliser qu'en respectant la qualité de vie et d'attractivité du territoire".
Des valeurs fortes
Bref, l'alimentation humaine est redevenue une préoccupation dans tous les milieux de décision. Sur ses terres, Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture, n'a plus aucun mal pour convaincre son auditoire sur "le rôle stratégique de l'agriculture retrouvé depuis un an". Et de prévenir : "Il ne faut pas que l'on se trompe de politique car sinon nous n'aurons aucune garantie quant à la sécurité alimentaire".
L'inauguration de la station du GIE a été l'occasion de mettre l'accent sur une autre valeur fondatrice du milieu agricole : la solidarité. Une valeur parfois regardée avec envie dans une société qui assiste comme impuissante au délitement du lien social. Cette valeur ne semble pas écornée dans le GIE si l'on en croit la définition de Lodennet – qui n'est pas un nom de lieudit - mais qui "signifie tout simplement partage", a expliqué Jacques Milin qui parle aussi du projet mené dans la perspective de préparer "l'avenir des jeunes qui veulent ou voudront s'installer".
"Il n'est pas simple de travailler en même temps, mais cette solidarité existe dans le monde agricole", a tenu à appuyer Jacques Jaouen. Décidément, qui l'eut dit, qu'une station de traitement de lisier puisse être le lieu ad hoc pour prêcher quelques valeurs fondamentales de l'humanité : le devoir de nourrir les peuples et la solidarité…
Didier Le Du
Photo : L'inauguration du GIE Lodennet s'est déroulée vendredi dernier en présence du préfet, du député et de nombreux élus.
850 tonnes à lisier de moins sur les routes
La station de Lodennet regroupe 6 élevages pour un volume à traiter de 17 600 m3 de lisier. Trois exploitations sont raccordées à la station par ce qu'il est coutume d'appeler lisieroduc. "60 % du lisier vient par canalisation, ce qui représente le contenu de 850 tonnes à lisier qui ne circulent plus sur les routes communales", chiffre J. Milin.
La mise en route de cette station permet de libérer 380 ha de surface d'épandage. Ce qui implicitement apporte une solution de résorption à d'autres éleveurs. A noter que 900 tonnes de compost sont exportées hors Bretagne.
L'investissement total représente la somme de 900 000 euros, financé à 60 % par les éleveurs, à 20 % par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, 10 % par le Conseil régional et 10 % par le Conseil général.
Le coût est estimé à 7 €/m3 dont 4 € d'amortissement, 2 € de frais de fonctionnement et 1 € de transport.