
La restructuration des exploitations se poursuit. Les Cuma sont de fait amenées à pousser leur réflexion pour mieux répondre à la demande de main-d’œuvre exprimée par leurs adhérents. C’est dans cet esprit que la FDcuma 22 a initié un débat sur ce thème lors de sa dernière assemblée générale, mardi 27 mai à Quessoy.
Gain de temps
Plusieurs témoignages sont venus étayer la démarche de Cuma qui sous différentes formes participent à mieux appréhender ce problème de main-d’œuvre.
Ainsi sur le secteur de Pommerit-Le-Vicomte huit producteurs de lait se sont retrouvés autour d’un projet de désileuse automotrice. Depuis fin 2001, un salarié à plein temps assure une tournée d’alimentation journalière des 8 troupeaux (vaches et génisses). Ceci 6 jours sur 7 pour un parcours de 50 kilomètres. « Du temps de dégagé, plus de souplesse. On ne travaille plus à flux tendu » commente Guy Le Calvez, l’un des adhérents de la Cuma-An-Dro. Le coût, 20 centimes d’euros au 1000 litres. « On pourrait descendre un peu en accueillant deux nouveaux adhérents », précise l’éleveur pour qui il n’est surtout pas question de faire marche arrière.
La Cuma Leff-Trieux sur le même secteur a profité du départ d’un salarié pour s’adapter à la demande de certains adhérents en appoint main-d’œuvre sur leurs exploitations. Florence Le Saint explique la démarche d’embauche d’un salarié polyvalent (chauffeur cuma + élevage), permettant à la fois d’assurer l’emploi à plein temps et de répondre à cette demande des adhérents. Ceci s’est réalisé dans le cadre des dispositions légales permettant aux Cuma d’être reconnues groupements d’employeurs.
Nouvelles pratiques
Autre démarche, celle de la Cuma du Golf à Plourhan. La Cuma regroupe 14 exploitations adhérentes, sensiblement identiques en surfaces (35 ha). Le chauffeur en place depuis 15 ans a pris progressivement en main la gestion des terres en relation avec chaque exploitant. « Il connaît bien les terrains, les qualités, les possibilités en fonction des conditions. Il a acquis la confiance des adhérents et s’organise », témoigne Laurent Le Mézec qui reconnaît une seule période un peu plus tendue, les semis de maïs.
L’expérience de Bertrand Paumier, au sein de la Cuma des Ajoncs à Maure de Bretagne (35) est plus singulière. Cinquante adhérents et 5 salariés permanents qui ont pris l’initiative de mettre en place une plate forme de comparaison de travail du sol : labour classique, travail simplifié, semis direct. Les chiffres d’évolution des pratiques sont évocateurs : 80 % des adhérents ne labourent plus ; 800 ha de retournés avant, 100 aujourd’hui ; de 5 salariés passés à 3. Une conviction renforcée par l’explosion du prix de l’énergie. « Les économies sont substantielles, 10 litres de carburant au lieu de 30 pour un ha de blé ». Même constat au niveau de temps de travail. Reconnaissant que c’est une technique qu’il faut apprivoiser. Par exemple, utiliser de bons couverts en mélanges pour maîtriser les mauvaises herbes.
Autant d’exemples qui illustrent la diversité des solutions, parmi sans doute beaucoup d’autres, qui peuvent s’offrir aux agriculteurs. En phase avec la conclusion du rapport d’orientation du président Yannick Le Bars qui estime en évoquant l’engagement de la FDcuma dans des démonstrations de nouveaux matériels et de nouvelles techniques culturales moins gourmandes en énergie et sur le développement de l’emploi des salariés de Cuma que « ces capacités d’adaptation et d’anticipation sont indispensables à notre avenir ».
Pierre Dénès
Photo : Plusieurs témoins pour illustrer différentes démarches innovantes