
Avec de tels prix, c'est tentant de produire de la céréale au détriment du méteil" déclare Henri Da Silva, producteur de lait à Riantec, en zone sèche. Le printemps humide renforce son sentiment. Le maïs ne manquera pas d'eau et la production d'herbe devrait perdurer. Un retour rapide dans le temps suffit pourtant à le conforter dans son choix d'implanter une dizaine d'hectares de méteil chaque année. "Les étés 2003 et 2004 ont été très secs dans notre région. L'herbe et le maïs en ont souffert. Dans ce cas, on se réjouit d'avoir des stocks de méteil, qui ne souffre pas de la sécheresse et assure une dizaine de tonnes de matière sèche à l'hectare". Sécuriser le système fourrager est souvent l'objectif principal des agriculteurs qui implantent cette culture. Ce n'est pas son seul intérêt. A 210 euros/ha de coût de production, le méteil est un fourrage équilibré à faible coût.
Souplesse d'utilisation
Henri sème en début novembre. Un passage de cover crop et un semis au combiné. 140 kilos de semence à l'hectare dont environ 70 de triticale, 20 d'avoine, 40 de pois et 7 de vesce. "J'apporte 50 unités d'azote en février pour assurer la production du triticale". Pas de désherbage préalable ni de protection fongicide. "L'introduction de méteil dans l'assolement a aussi l'avantage de diminuer la charge de travail au printemps". La récolte est réalisée en coupe directe. Contrairement à une fauche suivie de l'ensileuse, la récolte directe n'induit pas de pertes d'épis et de graines au champ. L'absence de verse dans les parcelles est à signaler. Une trop forte proportion de pois peut cependant coucher les céréales. Henri met en avant la souplesse d'utilisation de la culture. "Cette année, compte tenu des conditions météo, la pousse de l'herbe est garantie pendant encore quelques semaines. L'année fourragère devrait être bonne. Je moissonnerai une partie du méteil pour en faire du concentré". Quand le printemps est sec, la totalité est ensilée pour un apport de fourrage à la soixantaine de laitières dès le mois de juin.
Stade de récolte
Le mélange céréalier doit être récolté entre 32 et 35% de matière sèche. "Cela correspond au stade laiteux-pâteux des céréales et au stade camenbert du pois". A cette période de récolte (15-20 juin) la vigilance s'impose car le taux de matière sèche progresse vite. Les observations réalisées en 2007 montrent qu'il faut compter 200°C après le stade demi-épiaison du triticale, selon Denis Le Bossé, conseiller à la Chambre d'agriculture. La conservation de l'ensilage de méteil est plus facile que celui d'une céréale selon Henri. "Le mélange d'espèces apporte de la verdure qui permet de bien tasser au silo". Le méteil est placé en fond de silo. L'ensilage de maïs (24 hectares) est stocké dessus. La ration des laitières comprend un tiers de méteil et deux tiers de maïs. Cette proportion est respectée dans le silo pour faciliter la prise du fourrage à la désileuse. "Je n'ai pas de mélangeuse, je m'arrange donc pour respecter cette proportion lors des stockages. Si la ration perd un peu en précision, le coût de distribution est bien moindre" avance-t-il ; notant, au passage, l'avantage d'une ration diversifiée. Le méteil a un taux de matière azotée totale qui varie en moyenne de 10% à 12% (7% pour le maïs, 13% pour l'herbe). Il correspond bien à l'alimentation hivernale des génisses.
Bernard Laurent
Photo : Du méteil sur une parcelle d'essai à Riantec