
Les agriculteurs bretons semblent attachés au maintien de l'emploi sur le territoire rural", observe Henrik Gregersen, soulignant d'un autre côté la dimension plus importante des structures agricoles dans son pays. Accompagné de plusieurs administrateurs, techniciens et conjoints (plus de 40 personnes en tout), cet agriculteur président de Landbonord, un centre de gestion danois, est venu échanger avec les responsables du CER 35, du 28 mai au 1er juin 2008. Une rencontre qui a permis aux Danois d'actualiser leurs connaissances sur les productions agricoles de Bretagne.
"Nous avions effectué un voyage d'études dans leur région en 2006. Cela nous avait permis de découvrir leurs filières : la coopérative Danish Crown, qui abat la majorité du porc danois, et Arla, qui centralise quasiment tout le lait du Danemark. Ils ont décidé de nous rendre visite en retour", expliquent les responsables du CER 35.
Des structures de plus grande dimension
Henrik Gregersen (marié, 3 enfants) gère avec un associé (marié, 4 enfants) et un salarié une exploitation laitière au quota de 1,5 million de litres, réalisé par 135 vaches laitières. Une dimension supérieure à la moyenne danoise (100 VL). Forcément avec un tel cheptel, la traite demande du temps (machine Epi en 2 X 8) : deux heures à deux, deux fois par jour. Pendant deux ans, ils ont trait trois fois par jour, obtenant une moyenne d'étable de 11-12 000 kg/vache. A l'avenir, les producteurs souhaitent doubler le nombre de vaches et robotiser la traite.
La SAU de 275 ha comprend 50 ha de maïs, 60 ha de pâturage, 75 ha d'herbe et 90 ha de céréales (blé, seigle, orge). Les travaux de récolte de l'herbe et d'ensilage sont délégués. Des stagiaires et les enfants des agriculteurs apportent un complément de main d'œuvre sur l'exploitation. Les conjointes travaillent quant à elles à l'extérieur.
"Les Danois ont une meilleure productivité du travail, nous avons des marges de progrès", analyse Joëlle Denoual, présidente du CER France 35. Parmi d'autres remarques, les producteurs danois ont été frappés par la faible part du foncier dans le bilan des producteurs bretons. "Eux sont systématiquement propriétaires. Et le prix des terres peut atteindre 30 000 euros/ha", informe Alphonse Gautier, directeur du CER France 35. Une autre charge importante pèse sur le revenu des producteurs danois : les quotas, qui sont marchands dans ce pays. "Nous souhaitons qu'ils disparaissent, mais progressivement", se positionne Henrik Gregersen.
De l'avis du producteur, l'environnement constitue la plus grande difficulté dans leur pays. "Je cherche actuellement à m'agrandir, les exploitations de mes voisins sont aussi passées en revue. Les quantités d'engrais réglementaires ne nous permettent même pas d'atteindre les rendements optimums de cultures…". Les Danois se sont également rendu compte des difficultés bretonnes sur le plan de l'environnement, lors de deux visites : l'exploitation porcine Mézerette à Balazé et la SCEA du Guyoult à Dol de Bretagne (production laitière), située près d'une zone littorale sensible et d'un marais.
Agnès Cussonneau
Comptabilité, mais aussi
technique et défense syndicale
La structure Landbonord n'est pas qu'un centre de gestion, elle a aussi des missions syndicales et techniques (alimentation, sélection, bâtiments…) dans le lait, la viande bovine, le porc et les végétaux. Le chiffre d'affaires atteint 15 millions d'euros et 190 salariés y travaillent. Landbonord compte 1750 adhérents et 5000 clients (les services sont payants), sur une zone géographique représentant 10% du Danemark. Sur le plan agricole, le CER France 35 gère quant à lui près de 5 600 dossiers.
Photo : De gauche à droite : Soren H. Hertel (directeur de Landbonord), Henrik Gregersen (président), Joëlle Denoual (présidente du CER France 35) et Alphonse Gautier (directeur).