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Matières premières / Avenir de la politique céréalière - De la place pour les agrocarburants
 
Si demain nous ne pouvons plus exporter nos céréales en raison de la suppression des restitutions, nous serons bien contents de faire tourner les usines de production de biocarburants dans lesquelles nous avons récemment investi" déclare Philippe Pinta devant des éleveurs de porcs dubitatifs. Pour le président de l'AGPB, la production céréalière européenne doit répondre à un double objectif d'autosuffisance alimentaire et de réduction de la dépendance énergétique. La crise alimentaire mondiale ? "Il faut aider les pays pauvres à produire et à stocker la matière première par la multiplication des microcrédits et des aides d'état".

Éleveurs = affameurs ?

La production mondiale devra, en effet, augmenter. Sur les dix dernières années, la consommation de céréales a été supérieure à la production à huit reprises.  Pour
des raisons démographiques, cette demande continuera de croître. L'augmentation de la richesse mondiale se traduit également par un accroissement de la consommation de protéines animales. La production céréalière pourra-t-elle répondre aux besoins supplémentaires de l'élevage dans le monde ? "Il faut relever le défi. Certaines organisations non gouvernementales n'hésiteront pas à traiter les éleveurs d'affameurs au prétexte que les productions animales sont gourmandes en protéines végétales. Il faudra donc produire plus et mieux. C'est possible si on ne nous en retire pas les moyens" avance-t-il, faisant référence aux mesures prises lors du grenelle de l'environnement en France. Une limitation de l'usage de produits phytosanitaires pour le traitement des maladies, l'augmentation des surfaces en bio et la baisse de rendements qu'elle induit, ou encore, l'interdiction des OGM sont, pour lui, autant d'obstacles à éviter, partout dans le monde.
Parmi les grands bassins de production, l'Union européenne est bien placée pour produire plus et de manière régulière compte tenu de son climat tempéré. Il faut impérativement, selon Philippe Pinta, conserver les outils de régulation du marché (intervention). Il faut supprimer les jachères et investir dans le stockage. "Les stocks doivent être mieux gérés. Le privé ne le fera pas. C'est une mission d'État".  

Campagne 2008 meilleure en blé qu’en maïs

La prochaine campagne s'annonce meilleure en blé qu'en maïs. "La surface mondiale de blé s'est accrue de 4% et les rendements devraient être bons" s'avance Philippe Pinta. "Les stocks mondiaux devraient s'accroître de 10 à 15 millions de tonnes selon les prévisions". En maïs, le marché devrait être plus tendu. "Aux Etats-Unis, la pression des biocarburants se fait sentir. De plus, la surface de maïs diminue au profit du soja". Une baisse du prix du soja est donc possible… L'après 2008 est encore plus incertain. "La seule chose dont on est sûrs c'est que les prix seront de plus en plus volatiles. Il faudra gérer ce phénomène dont on n'avait pas l'habitude en Europe".

Bernard Laurent

 

Photo : Philippe Pinta, président d'Unigrains et de l'Association générale des producteurs de blé, est intervenu lors de l'AG du groupement Prestor vendredi dernier à Quimper. 


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Date de l'article : semaine du N° du 6 au 12 Juin 2008
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