
Les 100 € la tonne de fioul lourd de 1999 sont bien loin ! À 420 € la tonne aujourd’hui, chauffer une serre coûte 16,35 €/m² pour apporter 350 kWh utiles, auquel il convient d’ajouter le coût du CO2. À plus de 600 € la tonne, le butane n’est pas en reste ! Dans ce contexte, le gaz naturel demeure bien plus avantageux : de l’ordre de 10 €/m2 (tarif janvier 2008).
Les investissements récents dans l’énergie bois, le charbon ou la cogénération montrent qu’il est possible de réduire fortement le coût du combustible et/ou d’améliorer le rendement. Pour autant, les choix ne sont pas évidents car les investissements sont très lourds. Est-il pertinent d’investir encore dans une conjoncture incertaine ? Vers quelle source d’énergie se tourner ?
Un éventail de solutions
La solution bois mérite toujours d’être étudiée. Étant donné le niveau élevé de l’investissement, il faut bien calculer avant et s’assurer de son approvisionnement en bois (prix, qualité et régularité des livraisons). La solution charbon a permis de réduire fortement sa facture énergie en 2007. Aujourd’hui, les tarifs flambent également et, des incertitudes pèsent sur les subventions Viniflhor, le charbon n’étant pas vraiment dans l’air du Grenelle de l’Environnement.
À l’inverse, les pompes à chaleur semblent répondre aux objectifs du Grenelle puisque l’on récupère une énergie renouvelable : la chaleur de l’air ambiant. La rentabilité de cet équipement demande à être mieux cernée, d’autant que l’investissement ne permet de couvrir que 60 à 80 % des besoins en énergie.
Les résultats des sites pilotes sur les pompes à chaleur et de la station de Pleumeur-Gautier (22) sont donc très attendus. Il en va de même des essais du CATE à St-Pol de Léon (29) : déshumidification qui permet d’abaisser l’aération de la serre (aujourd’hui, 20 à 30 % de l’énergie consommée sert à déshumidifier …) ; stockage de la chaleur extraite de l’air de la serre dans la journée et restitution la nuit.
La cogénération s’adresse à des surfaces de serres conséquentes (4 à 5 ha). Le niveau des investissements est un facteur très limitant. L’élargissement de la période de vente de l’électricité, réclamé par la profession, reste donc un enjeu majeur.
Une consommation à la baisse
En attendant d’étudier la solution durable la mieux adaptée à chaque situation, les serristes doivent tout mettre en œuvre pour réduire leur facture. L’écran thermique est la première solution à privilégier, même s’il ne résout pas à lui seul le problème énergie. D’autres solutions, mises bout à bout, viendront également alléger la facture : entretien de la chaudière, choix des variétés, réduction des températures, open buffer (*)…
Ces dispositions ont déjà permis de diminuer la consommation énergétique par m2. Les apports en kWh utiles (ceux qui chauffent effectivement la serre) ont chuté de 27 % depuis 2004 ! Les stratégies varient d’un département à l’autre. Les réductions les plus fortes sont le fait des Costarmoricains et leur coût est de loin le plus bas en Bretagne. L’analyse des résultats se fait ensuite au niveau de la marge par m² sans oublier bien sur que les résultats sont influencés par d’autres paramètres : potentiel de la serre, variétés, dates de plantation, accidents culturaux…
Jean-Jo Castel
CER France Finistère
(*) Open buffer : ce système de stockage d’eau chaude permet le fonctionnement du brûleur à régime constant. D’où une économie potentielle de 2 à 5 % (10 % si absence de stockage auparavant). Source : Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes.
Le baromètre 2007
En tomates grappes, le résultat financier 2007 est sensiblement le même qu’en 2006. La progression du rendement suffit tout juste à compenser le recul du prix de vente. La campagne avait pourtant très bien démarré avec des prix soutenus en mars et avril 2007. À la mi-mai, les cours chutent lourdement et ne remonteront qu’à l’automne.
Performances techniques et optimisation des charges restent les clés de la réussite. Voici les principales tendances révélées par les études de groupe du réseau CER France du Finistère, des Côtes d’Armor et d’Ille-et-Vilaine :
• Le rendement (moyenne Bretagne en grappes) progresse de 2 kg par m² par rapport à 2006 : les choix variétaux ont fait la différence car dans le même temps les apports en énergie ont de nouveau un peu diminué.
• La main d’œuvre, c’est 30 % des charges. Ce poste est maîtrisé, les salaires restant stables en 2007 malgré l’augmentation du Smic. Comme le rendement progresse sensiblement, cela veut dire que la productivité de la main d’œuvre a elle aussi progressé : incidence de l’organisation du travail mais aussi impact des choix variétaux (fruits plus lourds).
• Le coût de revient baisse de 1,30 € par m² : incidence de l’énergie qui reste le deuxième poste de charges, et dans une moindre mesure des appros et des frais de structure.
• Ces moyennes cachent comme toujours des disparités énormes. Ainsi, les écarts de marges entre le quart supérieur et le quart inférieur des producteurs s’élève à près de 9 € par m2.
Photo : Le stockage d’eau chaude est indispensable pour optimiser la puissance de la chaudière bois et son rendement . Ici à Plougastel-Daoulas (29).