
L'année 2007 et les premiers mois de 2008 montrent une évolution contrastée, selon les productions, dans le groupement de volailles de chair Sodiva-Coopagri Bretagne. "En 2007, les mises en place de dindes (46 000 par semaine) ont progressé de 8,9 %, malgré une conjoncture difficile. Elles augmentent à nouveau en 2008 de 4,3 %. En dinde, je suis assez optimiste pour 2008", déclare Jean-Marc Le Franc, responsable de Sodiva.
La consommation freinée
En poulets (145 300/semaine), l'année 2007 a été bonne avec une progression de 16,5 %, qui correspondait au rattrapage de 2006, année de la crise aviaire. La situation est plus tendue en 2008 avec la baisse de 16,7 % des mises en place et la dégradation des vides sanitaires. "Les prix de marché sont bloqués depuis 6 mois, malgré la hausse des prix de revient. La consommation chute", souligne Jean Dano, président de la commission à Coopagri Bretagne.
Cette évolution contrastée montre l'intérêt d'avoir une polyvalence poulet-dinde et de diversifier les débouchés, pour être réactif au marché. "L'un de nos enjeux est de maintenir le parc de bâtiments. On croit à la volaille de chair", déclare Hervé Talec, directeur des productions animales de Coopagri Bretagne. "Si on ne fait rien, il y aura une érosion du potentiel de 5 % par an". Les difficultés rencontrées par les producteurs mixtes (lait-volailles) souhaitant s'agrandir et augmenter leur référence laitière, montrent la nécessité de suivre l'évolution du parc de poulaillers.
Une guerre de bassins
Yves Trégaro, de l'Office de l'élevage, a rappelé les enjeux de la filière volaille de chair française. "Nous sommes dans une guerre entre les bassins européens. Sur 13 % du territoire de l'Union, dix petites régions concentrent 46 % de la volaille communautaire. Deux sont françaises : la Bretagne et les Pays de la Loire". Dans ce paysage européen, la France réduit sa production alors que d'autres comme l'Allemagne et la Pologne conservent leur dynamisme.
"Les investissements brésiliens dans les outils de transformation européens nous interrogent. Est-ce pour faire venir de la viande de volaille du Brésil ? " Une grande entreprise de transformation hollandaise a été rachetée par Perdigao, numéro 2 Brésilien. Le leader anglais de la transformation est à vendre et deux brésiliens sont sur les rangs : Sadia et Perdigao.
Protection sanitaire
Dans ce contexte, la protection sanitaire du marché communautaire est un enjeu important. Le Brésil peut exporter des contingents élevés, la Thaïlande est limitée aux viandes thermisées et pour le moment, les poulets américains chlorés restent aux portes de l'Europe. "Il est essentiel que l'Union européenne conserve son niveau sanitaire élevé et ait les mêmes exigences pour les produits importés".
Des interrogations demeurent sur l'avenir de la filière bretonne. Quelle sera l'incidence des coûts de transport sur les débouchés bretons ? La volaille peut-elle tirer parti de la problématique biocarburant ? "Par rapport au porc, l'aliment volaille, très énergétique, offre moins de flexibilité. Nous subissons l'augmentation des prix du maïs et du soja et les coproduits issus de la trituration ne semblent pas adaptés à la volaille".
La poursuite des négociations OMC comporte des risques : fin des restitutions, croissance des importations. Quel est le taux d'autosuffisance acceptable par l'Union et les consommateurs européens ? Les acteurs de la filière doivent défendre cette notion d'autosuffisance. L'Union européenne peut-elle continuer sa stratégie d'exportation de volailles vers les pays tiers ou doit-elle se recentrer sur le marché européen ? Ce sont autant de questions qui méritent réflexion.
Patrick Bégos
Des aides au maintien du parc
Sodiva-Coopagri Bretagne octroie donc des aides sous forme de prêt pour le rachat d'élevages, sur la base de 20 euros par m2, remboursable sur 5 ans (différé de 1 an) avec un plafond de 50 000 euros. Une aide de 5 euros/m2, correspondant à 30 % de l'investissement, permet de soutenir les éleveurs qui rénovent leurs bâtiments.
Photo : Jean-Marc Le Franc, responsable de Sodiva, Jean Dano, président de la Commission volailles Coopagri Bretagne et Hervé Talec, directeur des productions animales Coopagri Bretagne.