
Un prix qui baisse continuellement pendant cinq ans, puis une année 2007 atypique, et finalement une année 2008 avec un prix qui côtoie – qui pourrait s'en plaindre - les 350 euros / 1000 litres. Depuis quelques temps, le marché laitier est difficile à suivre. Dernier "retournement de situation" en date : l'afflux, plus important que prévu, de production de nos départements depuis l'automne dernier en réponse aux besoins du marché. "Un afflux positif pour les trésoreries, un peu moins pour le marché, qui doit intégrer ces fluctuations. C'est ce type de situation qu'il nous faudra, à l'avenir, réussir à mieux réguler. C'est tout l'enjeu des discussions entre producteurs et transformateurs", a commenté le directeur de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) Frédéric Chausson, jeudi 22 à St-Brandan devant les producteurs laitiers de la FDSEA 22.
Pour le directeur de la FNPL, la filière laitière vit aujourd'hui un changement radical, amorcé en 2003 avec la décision européenne de baisser les prix d'intervention du beurre et de la poudre (à l'origine de la baisse de collecte en Europe), et accentué avec la fin annoncée des quotas en 2015. "La fin des quotas est pour le 31 mars 2015, il faut les oublier", a-t-il martelé, se satisfaisant néanmoins de la solution choisie par la Commission d'ici l'échéance 2015 : cinq augmentations annuelles des quotas de 1 % de 2009-2010 à 2013-14, avec réévaluation de la situation avant fin juin 2011. Une solution préférée à la première proposition de hausse de 2 % des quotas par an. "Le pire a été évité, s'est exprimé Frédéric Chausson. Le prix va se tenir dans les années à venir. Mais il va falloir s'organiser pour pallier le retrait de politique agricole. C'est un changement fondamental d'état d'esprit."
Délicats contrats
Et le directeur de la FNPL d'essaimer des "pistes" pour préparer l'avenir en terme d'organisation économique : création d'un fonds d'investissement, d'un institut du lait, de démarches de contractualisation. Sur ce dernier point, les intervenants à la table ronde organisée par la FDSEA 22 se sont montrés prudents, à l'image de l'état d'avancement du dossier. "La profession y réfléchit largement, a indiqué Pascal Clément, administrateur FNPL et représentant des producteurs. Nous n'avons pas d'autre choix que d'y venir, même avant la campagne de commercialisation 2014-2015. Les prix, volumes, durées devront être définis… mais dans un cadre national et pas régional. Nous avons besoin de tous les producteurs de France et si nous oublions la solidarité, je ne donne pas cher de l'organisation laitière de demain". Pour Guy Le Bars, président d'Even, "tout reste à construire". Même constat pour Patrick Wecxsteen, d'Entremont Alliance : "nous en sommes à l'aube de la réflexion". Tous s'accordent sur le nécessaire équilibre des contrats, afin que chaque intervenant s'y retrouve, mais les modalités sont loin d'être réglées. "Les responsables professionnels ont refusé les contrats individuels, les contrats type intégration. Des contrats type pondeuses sont peut-être à expérimenter, a avancé Patrick Wecxsteen. Reste à savoir quel sera notre interlocuteur : l'interprofession régionale ? Il y a un flou artistique sur la question." En guise de premières "clés", la filière travaille en tout cas, actuellement, à l'élaboration d'un guide des "bonnes pratiques" sur le sujet.
Régulation indispensable
Pour tous les intervenants de la table ronde néanmoins, pas question d'opter pour un marché entièrement dérégulé. "On irait droit dans le mur", a affirmé Patrick Wecxsteen. Ce dernier plaide par ailleurs, comme Guy Le Bars, pour une meilleure réactivité du prix français par rapport au prix européen.
Au final, si beaucoup reste à faire pour construire les futurs outils de la filière, un élément semble quand même acquis, comme une sorte de "leçon" de ces dernières années : le lait a un prix et un juste prix, en deçà duquel il est mauvais de se risquer, car la production ne suit pas. "Le prix des céréales joue, a rappelé Frédéric Chausson. Si le prix du lait est trop bas, il n'y en aura pas !" On sait aussi, d'après l'évolution de la demande en lait des pays émergents, que nous aurons notre carte à jouer dans leur approvisionnement. Les éléments d'optimisme sont donc là. Ne reste plus qu'à faire en sorte de pouvoir y répondre le moment venu, d'où l'importance d'un dialogue interprofessionnel constructif.
Anne-Laure Lussou
Photo : Hervé Moel (responsable FDSEA lait), Pascal Clément (administrateur FNPL), Guy Le Bars (président d'Even), Patrick Wecxsteen (société Entremont Alliance) et Frédéric Chausson (directeur de la FNPL) lors de la table ronde de la FDSEA 22.
Délicats contrats
Et le directeur de la FNPL d'essaimer des "pistes" pour préparer l'avenir en terme d'organisation économique : création d'un fonds d'investissement, d'un institut du lait, de démarches de contractualisation. Sur ce dernier point, les intervenants à la table ronde organisée par la FDSEA 22 se sont montrés prudents, à l'image de l'état d'avancement du dossier. "La profession y réfléchit largement, a indiqué Pascal Clément, administrateur FNPL et représentant des producteurs. Nous n'avons pas d'autre choix que d'y venir, même avant la campagne de commercialisation 2014-2015. Les prix, volumes, durées devront être définis… mais dans un cadre national et pas régional. Nous avons besoin de tous les producteurs de France et si nous oublions la solidarité, je ne donne pas cher de l'organisation laitière de demain". Pour Guy Le Bars, président d'Even, "tout reste à construire". Même constat pour Patrick Wecxsteen, d'Entremont Alliance : "nous en sommes à l'aube de la réflexion". Tous s'accordent sur le nécessaire équilibre des contrats, afin que chaque intervenant s'y retrouve, mais les modalités sont loin d'être réglées. "Les responsables professionnels ont refusé les contrats individuels, les contrats type intégration. Des contrats type pondeuses sont peut-être à expérimenter, a avancé Patrick Wecxsteen. Reste à savoir quel sera notre interlocuteur : l'interprofession régionale ? Il y a un flou artistique sur la question." En guise de premières "clés", la filière travaille en tout cas, actuellement, à l'élaboration d'un guide des "bonnes pratiques" sur le sujet.
Régulation indispensable
Pour tous les intervenants de la table ronde néanmoins, pas question d'opter pour un marché entièrement dérégulé. "On irait droit dans le mur", a affirmé Patrick Wecxsteen. Ce dernier plaide par ailleurs, comme Guy Le Bars, pour une meilleure réactivité du prix français par rapport au prix européen.
Au final, si beaucoup reste à faire pour construire les futurs outils de la filière, un élément semble quand même acquis, comme une sorte de "leçon" de ces dernières années : le lait a un prix et un juste prix, en deçà duquel il est mauvais de se risquer, car la production ne suit pas. "Le prix des céréales joue, a rappelé Frédéric Chausson. Si le prix du lait est trop bas, il n'y en aura pas !" On sait aussi, d'après l'évolution de la demande en lait des pays émergents, que nous aurons notre carte à jouer dans leur approvisionnement. Les éléments d'optimisme sont donc là. Ne reste plus qu'à faire en sorte de pouvoir y répondre le moment venu, d'où l'importance d'un dialogue interprofessionnel constructif.
Anne-Laure Lussou