
L'année 2007 a été une année mouvementée pour la production laitière, avec des conditions climatiques peu propices, des rallonges de références, une hausse des prix de vente", déclare Laurent Marc, directeur des Etudes à Cer France Côtes d’Armor. Ces soubresauts n'ont pas altéré les revenus. Bien au contraire, comme en témoignent les résultats économiques des éleveurs analysés par le centre de gestion, lors de sa Journée Partenaires.
370 euros en 2008
Le prix du lait avait atteint un sommet en 2001 à 331 euros/1 000 L puis il a chuté progressivement jusqu'en 2006 à 284 euros. Depuis, la remontée est spectaculaire. "Le prix moyen, sur 12 mois, est de 306 euros pour les clôtures de décembre 2007, 339 euros pour celles de mars 2008. Il pourrait atteindre 370 euros pour 1 000 L pour les clôtures de fin 2008", analyse Laurent Marc.
La productivité est également en amélioration sensible : 7 400 L par vache contre 6 934 L l'année précédente. "C'est le résultat de la rallonge de production accordée aux éleveurs ; la réactivité a été forte en Bretagne, même si une bonne partie de l'augmentation de productivité est liée à l'apport de concentrés, plus qu'aux fourrages".
Hausse du coût alimentaire
Le volume produit par élevage progresse, grâce aux regroupements. Le litrage moyen est de 290 000 L par élevage, soit plus de 183 000 Litres produits par UTH. Chaque travailleur produit aujourd'hui, ce que produisait un élevage, il y a 10 ans.
Le coût alimentaire est également en progression : plus de quantités consommées et des matières premières plus coûteuses. "En 2006, nous avions atteint un point bas avec un coût alimentaire de 63,90 euros par 1 000 L. Les clôtures 2007 se situent à 66,80 euros. On devrait monter à 76 euros pour les clôtures de fin d'année 2008". La hausse de ce poste est importante, mais elle est largement compensée par l'augmentation du prix de vente.
30 000 euros/UTH
C'est au niveau du revenu que la hausse est la plus spectaculaire. "Le revenu moyen était de 16 440 euros par UTH, ces 5 dernières années. Il atteint 19 240 euros/UTH, en fin 2007. La tendance devrait se situer autour de 30 000 euros/UTH, pour 2008", estime Laurent Marc.
En 2007, la campagne a été exceptionnelle avec des rallonges, des hausses de prix, une réactivité dans la production. Avec la hausse des aliments, des engrais et de l'énergie, les coûts de production ont également progressé. Et dans de nombreuses exploitations, les charges de structure ont suivi, la trésorerie permettant d'investir en mécanisation.
Retournement de tendance
"Attention au retournement de tendance, d'ici quelques mois", prévient le directeur des Etudes. La méthode de fixation du prix du lait ne serait pas pérenne, au-delà de juin 2008 (voir page 7). "Pour le moment, on s'interroge sur une nouvelle méthode de calcul. Mais, la réflexion doit également avancer sur la contractualisation, dans l'attente de la préparation de la fin des quotas laitiers en 2015". Le secteur de la viande bovine est confronté à des problèmes sanitaires, au travers de la fièvre catarrhale. En moyenne, le revenu des éleveurs était de 18 070 euros/UTH sur 5 ans. Il a chuté au second semestre 2007 (16 600 euros). Une épée de Damoclès plane sur ce secteur avec l'éventualité d'une ouverture des frontières aux pays tiers alors que la filière est déficitaire par rapport aux besoins.
Meilleures marges en céréales
Les éleveurs laitiers sont aussi producteurs de céréales. En 2007, les conditions climatiques ont pénalisé les cultures. La moyenne de rendement calculée par le CER France Côtes d’Armor, ne dépasse pas 55 q/ha en 2007 alors que la moyenne sur 5 ans est de 69 q/ha. Heureusement, la hausse des prix de vente a favorisé l'évolution de la marge brute, jusqu'à 812 euros/ha.
"Si le rendement de 2007 rejoint la moyenne des années passées à 7 tonnes/ha et que le prix de vente se maintient à 185 euros/t, la marge brute grimpe à 1 040 euros/ha. Et même 1305 euros en incluant le DPU (droit à paiement unique) de 265 euros/ha", estime Laurent Marc. Pour la plupart des agriculteurs, le prix de la prochaine campagne est important, car la surface en céréales représente près de 40 % de la SAU bretonne.
Patrick Bégos
Photo : Avec de meilleurs prix, plus de lait par vache, des volumes produits plus importants, le revenu augmente, mais les charges progressent aussi, notamment le coût alimentaire.