
Situation délicate pour les producteurs légumiers. La campagne 2007/ 2008 a été difficile pour la production de chou-fleur, ainsi que le rappelait le président de l’Union des Coopératives de Paimpol Tréguier (UCPT), Joseph Rousseau, également président du Cerafel, lors de l’assemblée générale vendredi 16 mai à Tréguier. « L’absence d’hiver et le report sur janvier des retards accumulés à l’automne ont provoqué un déséquilibre important de l’offre et de la demande ». Deux mauvaises années qui ont mis à mal les trésoreries et auront pour conséquences « une diminution sensible des emblavements pour la prochaine saison sur les trois départements ».
Les productions sous abris (salades, tomates) ne sont pas mieux loties. Outre deux années difficiles, elles subissent la hausse des coûts de production et la concurrence d’autres bassins de production. « L’énergie est devenue le deuxième poste de charge, mais les marchés ne répercutent pas l’augmentation du coût de revient ».
Agir au plus près du terrain
Une situation perturbée pour les producteurs et leurs responsables qui sont par ailleurs confrontés à la nouvelle organisation commune des marchés (OCM) et à la refonte envisagée de l'organisation économique. Cette dernière fait hérisser le poil des responsables légumiers.Certes du côté de l’OCM quelques satisfactions pour le président Rousseau : « la confirmation des organisations de producteurs comme acteurs essentiels de la gestion des marchés, le transfert de propriété dans les OP (organisation de producteurs), l’extension des règles ou encore la reconnaissance de la nécessité d’intervention sur les marchés pour prévenir et gérer les crises ». Mais aussi des regrets. Il cite la disparition des retraits sans précisions sur ce qui va les remplacer.
La refonte de l’organisation économique du secteur des fruits et légumes laisse par contre plus d’amertume, voire de la colère. Joseph Rousseau rappelle que l’organisation actuelle est constituée des comités de bassins. Il rajoute « Une expérience de plus de quarante ans qui a montré que le meilleur niveau pour que les actions soient efficaces est le niveau régional au plus près des OP et des producteurs ». Reconnaissant les imperfections, il souligne que l’organisation légumière régionale a le mérite de fonctionner.
Il est de fait agacé par l’idée des Pouvoirs publics de « nationaliser les actions et les centres de décisions », puisque les prérogatives des comités de bassin seraient dévolues aux associations d’organisations de producteurs baptisées « AOP de gouvernance ». Une évolution perçue comme une prime à ceux qui, par défaut de volonté professionnelle et politique, ont jusqu’à présent limité la représentativité et l’efficacité des comités de bassins, allant jusqu’à la reconnaissance de fausses OP. Le dispositif envisagé risque selon Joseph Rousseau « d’affaiblir l’organisation là où elle joue bien son rôle sans rien faire de mieux là où rien n’est structuré ».
L’aspect financier est par ailleurs non négligeable et pour le moment pas très clair. Ces AOP ne pourront fonctionner que si les OP acceptent de remonter une partie de leurs fonds opérationnels afin de conduire des actions de gestion et de prévention des crises. « Comment se fera l’équité entre les OP adhérentes et les non-adhérentes » s’interroge le président qui préconise « de renforcer les critères de reconnaissance des organisations de producteurs et d’accroître la part des mesures collectives dans les programmes opérationnels ».
Détermination
Face à toutes ces incertitudes, les responsables légumiers voudraient que le Cerafel soit transformé en AOP multi produits afin de pouvoir poursuivre les actions de coordination des OP en Bretagne sur les principaux produits régionaux sur le plan économique et technique, ainsi que continuer à mettre en œuvre l’extension des règles pour les produits sur lesquels ils auront la représentativité. Avec en outre une stricte égalité entre toutes les OP et AOP pour l’accès aux aides nationales et communautaires.
Le bras de fer avec les Pouvoirs publics et les organisations nationales n’est sans doute pas terminé. Mais dans les propos du président Rousseau, toute la détermination d’une région décidée à ne pas subir le dictat de ceux qui n’ont jamais fait l’effort de l’organisation.
Pierre Dénès
Photo : Joseph Rousseau, président de l’UCPT, a réaffirmé la détermination de la profession légumière face aux menaces qui pèsent sur les acquis de 40 années d’organisation.