
Les trois expériences sont le fruit d’une réflexion et souvent d’une évolution, dans une dynamique technique, économique et environnementale.
Dominique Defay est producteur de lait, céréales, maïs et oléoprotéagineux sur 170 ha d’argilo-calcaires et limons argileux à l’Ouest du Mans.
Il implante ses cultures à la volée, à l’aide d’un déchaumeur à disques de 5 m, qu’il a relié à une trémie à l’avant du tracteur. Cet outil, servant alternativement de déchaumeur et de semoir, permet de limiter les charges d’implantation, en semant rapidement (4 ha/h), avec un seul tracteur de 200 cv en copropriété avec le voisin, consommant 5 à 6 l de fuel / ha.« A l’interculture, je réalise 1 à 3 déchaumages suivant les cultures à implanter, les conditions de sol, le climat, pour faire lever les adventices et détruire les repousses. En rotation maïs /blé/colza/blé, les mauvaises herbes sont bien maîtrisées, grâce à la présence d’une culture de printemps. Le recours au glyphosate est limité. À l'aide d'un déchaumeur, un couvert de moutarde est implanté derrière le blé qui précède le maïs.En revanche, la rotation féverole d’hiver/blé/colza /blé voit se développer des graminées adventices comme le brome et le ray-grass. Plusieurs déchaumages sont parfois insuffisants. Il me faudra probablement introduire une culture de printemps dans cette rotation, du tournesol par exemple ».
Bertrand Leduc exploite, en GAEC (3 associés), un élevage laitier, un atelier de volailles et 260 ha de cultures sur des limons battants et hydromorphes, au Nord-Est de Nantes.
« J’ai fait évoluer les techniques d’implantation progressivement, en tirant profit des observations à chaque étape. J’ai abandonné le labour en 1992 ainsi que les décompactages fréquents, fragilisant les sols qui se reprenaient rapidement en masse. Cela empêchait la bonne circulation de l’eau, à l’origine de problèmes d’asphyxie des plantes et d’un manque de portance. Le travail simplifié réalisé d’abord avec le matériel existant (herse rotative–semoir) puis avec un Semavator, a donné de bons résultats. En travaillant le sol sur quelques centimètres, j’ai constaté la formation d’une semelle superficielle, accentuant les risques de sécheresse en fin de printemps. Il a fallu refaire du décompactage avec un « cultiplow » situé à l’avant du Semavator, lors du semis.
Nous accordons une grande importance aux risques de tassement, notamment lors des récoltes et des apports de fumier, en intervenant sur des sols bien ressuyés. Pour réduire les tassements dans les fourrières, au semis, nous avons acquis un vibroculteur semi-porté de 6 m relié à une trémie, pour remplacer le train d’outils Cultiplow + Semavator assez lourd. La dent vibrante fissure mieux le sol et il n’y a plus de semelle superficielle. Préserver la structure du sol est notre leitmotiv et la bêche nous accompagne toujours sur le terrain pour décider des interventions».
Guillaume Verneuil exploite 110 ha près de Montreuil-Bellay (49).
La diversité des cultures (blé tendre, blé dur, maïs grain, luzerne porte-graine, colza, tournesol) et la variabilité des sols (argilo-calcaires plus ou moins profonds et argileux, sols sablo-limoneux) expliquent les différentes pratiques d’implantation. La décision d’implanter avec ou sans labour est toujours raisonnée agronomiquement et adaptée annuellement à chaque parcelle.« A l’exception des parcelles en monoculture, le blé est généralement semé sans labour. Derrière maïs grain, un rebroyage des cannes précède le semis au semavator (Howard), rappuyé par un passage de rouleau. Derrière colza et tournesol, la préparation se fait à l’aide d’un covercrop (2 passages) ou d’un cultivateur à dents à 10-15 cm, qui détruisent par ailleurs les repousses et les adventices. Le semis est réalisé en combiné avec la herse rotative.Afin de mieux gérer les repousses de céréales et limiter les risques de rémanence d’herbicides, je préfère garder le labour pour implanter le colza, surtout dans les terres les plus argileuses, favorables à la prolifération des limaces. C’est un labour peu profond (17 cm), parfois suivi d’une reprise et d’un roulage pour aplanir le sol et limiter son assèchement. Pour semer le tournesol, le labour d’hiver est précédé d’un déchaumage au covercrop à l’automne et suivi de 2 passages de vibroculteur au printemps, dont un pour incorporer les herbicides. De même, les blés de seconde paille sont souvent semés derrière labour, pour limiter les problèmes sanitaires. Pour le semis de maïs, je me suis fait ma propre expérience, en comparant plusieurs techniques et j’ai constaté que le labour n’était pas obligatoire. Après broyage des pailles de blé, un déchaumage au covercrop puis 2 passages de cultivateur sont réalisés pour niveler le sol avant l’hiver ».
Bernard Gaillard
Arvalis
Photo : En fonction du type de sol, on peut adapter le mode d'implantation d'une culture. Du labour jusqu'à la préparation simplifiée, chaque technique présente des atouts mais aussi des points de vigilance à gérer selon les milieux et les rotations.