
À l'heure où chaque unité d'azote est comptée – hausse du prix des engrais et restrictions réglementaires –, la bonne répartition temporelle des épandages sur prairies permet d'améliorer l'efficacité de ce fertilisant. À titre indicatif, on peut obtenir 20 à 25 kg de MS par unité d'azote au printemps et de 0 à 15 kg de MS en été.
À l'inverse des légumineuses qui peuvent assurer la totalité de leurs besoins grâce à l'azote fourni par la fixation symbiotique, les graminées prélèvent la plus grande partie de l'azote sous forme minérale du sol. La prairie est en fait un bon piège à nitrates avec une forte capacité d'absorption d'azote. Ainsi, des études précédentes ont montré la capacité de la fétuque à valoriser 600 unités et plus d'azote par hectare et par an. Une réalité agronomique mais une autre époque réglementaire…
Action sur les rendements et la qualité
L'azote a une forte incidence sur la quantité de fourrage produit. Cette efficience augmente quand l'intervalle de temps augmente entre deux exploitations. À faible dose, l'efficience de l'azote est très importante, mais elle diminue avec des doses élevées pour atteindre un plafond voire décroître.
À noter que l'efficience azotée est plus élevée avec de bonnes graminées (ray-grass, fétuque, dactyle) que sur prairie composée de graminées moyennes ou médiocres (pâturin, houlque, agrostis…). De plus, la fertilisation azotée améliore sensiblement la flore : les graminées moyennes sont progressivement remplacées par de bonnes graminées dont le ray-grass anglais qui réagit très bien à l'azote.
Si la fertilisation azotée a une forte incidence sur la quantité de fourrage produite, elle modifie également la qualité de l'herbe. Elle augmente la teneur en eau jusqu'à 3 à 5 points ainsi que la teneur en matières azotées totales (MAT) et en azote soluble. Elle diminue par contre la teneur en glucides solubles car les protéines sont fabriquées aux dépens de ces derniers.
Des essais conduits à la ferme expérimentale normande de la Blanche-Maison ont montré que sur prairies fortement fertilisées en azote, la valeur de l'herbe PDI suffit à couvrir les besoins des vaches laitières, la valeur PDIE descendant rarement en dessous de 100 g/kg MS. À l'opposé, l'Inra a montré que, sur des sols pauvres en matière organique (pas de possibilité de bénéficier de l'effet minéralisation), la teneur en MAT de l'herbe sans fertilisation azotée peut descendre à près de 10 %, soit en dessous des recommandations pour couvrir les besoins des laitières.
Arrière-effets et effets arrière…
À défaut de pouvoir épandre 350-400 unités d'azote qui permettraient l'expression du rendement maximum d'une prairie temporaire dans des conditions de pousse non limitantes, il convient de tirer parti de la conduite de la pâture et de son exploitation par les animaux.
Les fournitures du sol provenant de la minéralisation, des arrière-effets des apports organiques, des arrière-effets des restitutions au pâturage par les animaux et du reliquat d'azote minéral apporté l'année précédente peuvent être importantes. Des parcelles suivies en Normandie depuis l'année 2000 montrent que la fourniture du sol peut aller de 40 à 180 unités/ha, selon le niveau de pousse estival et le niveau d'entretien azoté antérieur (fertilisations allant de 0 à 232 unités/ha).
Quant à la quantité d'azote restituée au pâturage, elle est directement liée à l'intensité du pâturage et est donc fonction du nombre de jours de pâturage par hectare. Par exemple, 400 journées vaches laitières au pâturage produisent 36 unités qui peuvent être ajoutées aux fournitures du sol… avec toutefois un problème relatif de régularité d'épandage (7 à 20 % de la surface de la prairie sont touchés par les restitutions directes des animaux : bouses et pissats).
Didier Le Du
L'azote est un facteur d'accélération de la vitesse de croissance de l'herbe. Grâce à l'azote, une même quantité d'herbe est obtenue plus tôt, il s'ensuit une augmentation du nombre potentiel d'exploitations et une amélioration de la qualité.
Une fabrique "d'ammo" au champ
Les légumineuses fixent l'azote atmosphérique grâce au nodosités (Rhizobium) situées sur les racines. Le taux de fixation de cet azote dépend alors du pourcentage de légumineuses contenues dans l'association. Proche de 90 % dans des associations de ray-grass anglais et trèfle blanc sans apport azoté minéral, ce taux varie en fonction des conditions pédo-climatiques et du niveau d'apport azoté.
Plus le pourcentage de légumineuses est important, plus la fertilisation azotée pourra être réduite. Il est donc indispensable de savoir apprécier le taux de légumineuses contenu dans la prairie. Il s'apprécie de manière visuelle et globale ; l'estimation devant plutôt se faire l'été ou à défaut au printemps, avant la deuxième exploitation. Au-delà de 25 % de trèfle en pourcentage pondéré annuel (ex. : 20 % au printemps et 35 % en été), la contribution des légumineuses va être suffisante pour assurer l'alimentation en azote de la prairie.