
Il suffit de voyager un peu sous les tropiques pour s'en rendre compte. Après une forte pluie, les routes sont souvent impraticables. Quelques heures ou quelques jours perdus pour le touriste lambda mais surtout des récoltes entières de denrées périssables anéanties, faute de moyens de transport adéquats entre campagnes reculées et grandes agglomérations. "Plus de 30% des denrées alimentaires sont perdues dans les pays pauvres en raison du manque d'infrastructures" affirme Frédéric Lemaitre, éditorialiste au journal Le Monde. Les moyens de transport font défaut. Les réseaux électriques défaillants, voire inexistants, ne permettent pas de stocker la production. "Le FMI et la Banque mondiale ont méprisé l'agriculture. Partant du constat que 4% des actifs suffisent à nourrir la population dans les pays riches, ils ont volontairement négligé les aides à la masse d'agriculteurs des pays pauvres". Le constat est amer. Les grandes organisations de développement sont accusées d'avoir privilégié les villes au détriment des campagnes par l'accord de prêts sous la pression des lobbies, souvent citadins. L'éditorialiste insiste : "4% des terres seulement sont irriguées en Afrique. Le potentiel de développement est important". La gestion de l'eau est déjà un enjeu. Il deviendra primordial. La demande va fortement augmenter avec l'accroissement démographique.
Réorienter les aides
"Bien avant le développement des cultures OGM et des biotechnologies, ces équipements de base sont essentiels pour lutter contre la pénurie alimentaire, au demeurant bien prévisible". L'augmentation de la demande mondiale, la production d'agrocarburants, le changement climatique étaient annoncés. Ils continueront à peser sur le secteur de l'alimentation. Les rendements stagnent dans les pays développés. Les pays pauvres devront donc augmenter leur productivité. Les recettes sont souvent simples. "Elles nécessitent seulement des moyens financiers dont ils ne disposent pas pour s'équiper d'infrastructures adéquates". Le FMI et la Banque mondiale semblent disposés à réorienter leur aide.
La consommation de viande en question
Avec 9 milliards d'habitants sur la planète, à l'horizon 2050, la population mondiale, notamment la frange la plus riche, devra probablement remettre en question sa manière de consommer. La consommation de viande est corrélée à l'augmentation du niveau de vie. Dans les pays émergents, la demande de produits animaux est de plus en plus forte. Pour nourrir un homme avec des végétaux, il faut l'équivalent d'une unité de surface agricole. Avec des viandes blanches, il en faut 5 et avec des viandes rouges, il faut 9 unités. Pourra-t-on continuer de consommer autant de viande par habitant ? Devrons-nous consommer majoritairement des protéines végétales ? Le marché et notamment les prix des produits carnés pourraient rapidement apporter la réponse.
Bernard Laurent