
L'idée s'est précisée au fil des discussions sur le thème de l'énergie, lancées en 2006 dans le cadre du Ceta de Corlay (22). "Nous sommes allés visiter une installation photovoltaïque sur une commune voisine", a précisé Jean-Michel Méner, producteur de lait associé avec son beau-frère, lors d'une journée organisée par la Chambre d'agriculture 35, le 15 avril à Rennes. Ont suivi une étude sur l'ensemble des exploitations du Ceta, des rencontres avec les fournisseurs, des contacts sur internet… Les banques aussi ont rapidement été intéressées.
En juillet 2007, les deux agriculteurs signent un devis pour une surface de panneaux photovoltaïques en polycristallin de 270 m2 (210 modules de 1,28 m2) et six onduleurs. Ils sont placés sur un hangar à fourrages. Le coût atteint 182 000 euros. Les démarches administratives s'étalent sur plusieurs mois : déclaration de travaux, dossier de raccordement au réseau, Drire, Dideme, Administration des Obligations d’Achat d’EDF, contrat de raccordement, d’accès et d’exploitation (Crae), assurances… L'installation est prévue pour début mai. Aux yeux de Jean-Michel Méner, il est préférable de monter soi-même son dossier et de le suivre, pour mieux maîtriser les aspects techniques et administratifs.
Se lancer en groupe
L'agriculteur conseille aussi de se lancer à plusieurs. "La négociation en groupe a permis de bien faire baisser les prix", argumente-t-il. "Notre projet va commencer à être intéressant sur le plan de la trésorerie dans sept ans. C'est un complément de revenu qui ne nécessite aucun travail supplémentaire". Les producteurs sont aussi satisfaits de valoriser leurs toitures et d'être autonomes en production d'électricité, avec une démarche inscrite dans les énergies renouvelables.
Gilles Guillomon, élu de la Chambre d'agriculture, a souligné l'intérêt de cette production d'énergie issue du rayonnement solaire, inépuisable. "Et contrairement aux énergies fossiles, son prix ne va pas augmenter". Le producteur souligne toutefois "un temps de retour à l'équilibre trop long. Les pouvoirs publics pourraient alléger cette charge d'investissement". Sur ce plan, des subventions de l'Ademe vont bénéficier à une quarantaine d'installations en Bretagne, retenues en juin. En Ille-et-Vilaine, le Conseil général propose une subvention de 20 %, sur un montant plafond de 40 000 euros HT (avec un maximum d'investissement de 10 euros par watt crête installé).
Avant de se lancer, les aspects juridiques devront être pris en compte et une approche en lien avec un centre de gestion semble opportune. Christine Barbier, du Centre fiscal agricole de Rennes, voit cette production d'électricité comme une diversification, "mais elle ne permettrait pas de sauver une exploitation en faillite". Parmi les avantages, elle évoque "le contrat sécurisé sur 20 ans avec des prix connus et fixes (tarif 2008 : 57,187 cent. d'euro/kWh avec la prime d'intégration au bâti), la possibilité d'emprunter la totalité, le coût de fonctionnement faible…"
Elle attire toutefois l'attention sur les frais annexes ainsi que sur le délai important entre le paiement des travaux et la première recette. "Et que devient le contrat EDF au terme des 20 ans ? Peut-on le transmettre ? Quelle est la valeur vénale du bien à la sortie ?" La France manque encore de recul…
Agnès Cussonneau
Renseignements sur le site de l'Ademe Bretagne : www.ademe.fr/bretagne
Photo : La journée d'information organisée par la Chambre d'agriculture à Rennes a suscité beaucoup d'intérêt.