
Pas facile, de nos jours, de tenir une soirée d'information sur les OGM sans que cette dernière ne tourne au combat frontal entre "pro" et "anti". Désireux d'en savoir davantage, le groupe cantonal FDSEA de Collinée, mené par son président Pierrick Guéguen, s'est tout de même essayé à l'exercice, vendredi 25 au Gouray, en invitant un chercheur de renom en la personne de Philippe Joudrier. Ancien directeur de recherches à l'Inra de Montpellier, ce dernier est aujourd'hui président du comité d'experts spécialisés (CES) "biotechnologies" à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Autrement dit, Philippe Joudrier fait partie des scientifiques en charge, pour la France, de l'évaluation des OGM (l'autorisation de mise sur le marché émane, quant à elle, de Bruxelles). 30 demandes d'autorisation d'essais ont été déposées en France en 2006 (contre 121 en 97, année la plus "faste"), et seulement 13 en 2007.
Les experts de l'Afssa sont notamment chargés d'évaluer les risques alimentaires des plantes génétiquement modifiées (PGM) pour l'homme et l'animal, tandis que deux autres instances françaises (Commission du génie génétique, commission du génie biomoléculaire) passent au peigne fin d'autres aspects des PGM. La France est, en plus, dotée d'un "comité de biovigilance" qui suit les PGM après leur mise sur le marché. Autant d'instances qui contrôlent, vérifient et revérifient en permanence l'innocuité des PGM. La moitié des dossiers évalués par l'Afssa est, ainsi, non retenue faute de satisfaire à tous les critères. Pour Philippe Joudrier, ces recherches, qui s'avèrent beaucoup plus poussées que pour les plantes non OGM, devraient tranquilliser nos esprits. "Il n'y a rien de plus sûr qu'un OGM mis sur le marché, a-t-il martelé. Depuis 10 ans, certains ont réussi à faire croire qu'OGM signifiait danger. Or il n'y a pas de raison de le faire croire."
Technique maîtrisée
Une thèse que le chercheur étaye notamment en "dé-diabolisant" l'opération qui conduit à la création d'un OGM, la transgénèse, et en rectifiant l'image souvent véhiculée du chercheur "apprenti sorcier". "La transgénèse n’est pas une invention de l’homme, a-t-il expliqué. La nature sait la faire depuis très longtemps et la pratique à tout va sans aucun contrôle : les virus, par exemple, en sont certainement les spécialistes."
L'idée, en fait, est aujourd'hui de choisir la meilleure méthode pour créer de nouvelles variétés de plantes, chose que l'homme a toujours fait et continuera de faire demain. Et pour Philippe Joudrier, la transgénèse s'avère "la plus précise, la plus fiable, la plus efficace des méthodes, avec des "produits" contrôlés sous toutes les coutures avant mise sur le marché". Sans surprise, il déplore donc le retard enregistré par la France (et notamment l'Inra) en terme de recherche et développement des OGM, alors qu'"aucun danger n'a été mis en évidence de part le monde jusqu'ici".
Occasion manquée
Pour le chercheur, la France et l'Europe ont réellement raté le coche en la matière. Une position pas vraiment partagée par une partie du public venu au Gouray, des interrogations – parfois alambiquées – émergeant pêle-mêle sur le risque de monopole de certaines firmes commercialisant des OGM, l'apparition de résistances ou encore le devenir des apiculteurs si les OGM se développent. Force était de constater qu'encore une fois, entre "pro" et "anti" OGM, le dialogue était quasi impossible. Tentant une conclusion apaisée, Jean-Jacques Poezevara, président de la FDSEA, a pour sa part insisté sur le besoin de recherches supplémentaires tout en précisant que la FDSEA 22 ne se positionnerait ni pour ni contre les OGM.
Anne-Laure Lussou
Photo : Julien René (directeur FDSEA), Jean-Jacques Poezevara (président FDSEA), Pierrick Guéguen (président cantonal FDSEA), Philippe Joudrier et Olivier Manceau (chambre d'agriculture 22) lors de la soirée d'information au Gouray.