
En attendant les bovins sans cornes – c'est déjà le cas de l'Angus –, l'écornage des bovins est souvent ressenti comme une corvée. Et plus c'est une corvée, plus l'éleveur est tenté de repousser l'opération. Et plus il attend, plus les cornes poussent et plus le veau devient difficile à contenir et le travail difficile à effectuer.
Sans aller jusqu'à pratiquer l'opération dans les jours qui suivent la naissance (au moment du bouclage comme le font certains éleveurs), l'écornage se réalise idéalement avant que le cornillon ne soit sorti, c'est-à-dire avant 6 semaines ou même 4 semaines pour des raisons réglementaires (lire encadré).
Que ce soit avec la chaleur ou un produit chimique, l'écornage des jeunes animaux consiste en fait à couper l'alimentation des veines périphériques et non pas à calciner le cornillon. Privé d'irrigation, ce dernier ne poussera plus. Les repousses partielles de cornes sont souvent la conséquence d'un travail imparfait, soit parce que réalisé trop tard (le diamètre de l'embout du cautérisateur étant insuffisant il ne détruit pas tous les tissus périphériques), soit parce que l'éleveur s'acharne trop sur la pointe du cornillon oubliant de traiter la base du cornillon.
Intervenir alors que les veaux sont encore jeunes facilite grandement la contention. Cela permet aussi de ne pas mutiler la table osseuse profonde. En respectant ces précautions élémentaires, le traumatisme peut être limité. Et en tout cas, la cautérisation précoce est certainement moins douloureuse que la perte d'une corne dans une bagarre entre bovins adultes ou qu'une blessure profonde dans une autre partie du corps. Sans compter qu'un animal écorné est surtout moins dangereux pour l'éleveur.
Les bonnes pratiques
1 - Contenir l'animal
Le but est d'immobiliser parfaitement la tête de l'animal. Le cornadis n'est pas forcément la meilleure solution car le veau peut toujours reculer rendant le cornillon inaccessible ou/et formant un bourrelet de peau à la base du cornillon qui provoque une cautérisation incomplète. De plus, l'éleveur n'est pas dans une situation très confortable pour effectuer le geste avec précision. Sans compter que le souvenir du traumatisme peut rendre le veau réticent à retourner au cornadis.
Les cages-maison ou fabriquées par des entreprises spécialisées dans la contention bovine sont parfaitement adaptées. Tête de contention autobloquante, barre antirecul, etc., permettent à une personne seule de manipuler rapidement le veau.
2 - Tondre
Une tonte préalable (avec petite tondeuse) permet de dégager la zone pour localiser précisément l'emplacement des bourgeons. D'autant que la localisation est plus ou moins aisée selon les races. Si à 15 jours d'âge, on repère assez facilement les bourgeons sur un veau holstein, c'est plus difficile sur un normand ; sur certaines races allaitantes, c'est parfois l'incertitude totale même à un mois d'âge.
Un éleveur faisait même remarquer que l'implantation des cornes est différente selon que c'est une femelle ou un mâle.
3 - Anesthésie
Bien que l'anesthésie est normalement obligatoire au-dessus de 4 semaines d'âge, très peu d'éleveurs la pratiquent. L'anesthésie générale règle à la fois le problème de la contention et de la douleur.
Mais l'anesthésie locale suffit en général. Le lieu d'injection (10 à 20 ml de lidocaïne par exemple) se situe dans la fosse temporale (à égale distance de 'langle externe de l'œil et de la base de la corne, à 1 cm au-dessous du bord arrondi du frontal et à 6-10 mm de profondeur : le mieux est de voir faire avant de faire soi-même !).
4 - Désinfecter
Pulvériser un spray désinfectant (voire refroidissant) évite les suintements et infections.
L'injection d'un anti-inflammatoire peut aussi être conseillé, mais le coût du traitement peut être un frein.
Quelle technique utiliser ?
Le fer électrique classique
Il a deux gros défauts : il nécessite un raccordement électrique au secteur avec la rallonge ; il est long à chauffer (surtout quand il fait froid), long à refroidir, avec tous les risques d'incendie dans la paille que cela entraîne. Le temps d'attente, pour revenir à une température de 650 ° C entre deux écornages, peut être long dans certaines circonstances d'utilisation. Attention donc à la puissance de l'appareil.
Le fer à gaz
Branché sur bonbonne, ce type de thermocautère est bridé par la longueur du tuyau. Les fers fonctionnant avec cartouche de gaz offrent l'avantage du portable. Reste que ces brûle-cornes ont du mal à s'enflammer par temps froid et sont lents à refroidir après usage (risque d'incendie).
Le fer à tête de céramique
Connu sous le nom de Buddex, une solution venue d'Australie, ce fer électrique sur batterie rechargeable est équipé d'une tête céramique capable d'atteindre les 700°C en trois secondes. Au bout de 6-7 secondes, une alarme sonore avertit que l'écornage est terminé. On tourne alors d'un quart de tour pour terminer la cautérisation et c'est fini. Il suffit de s'assurer qu'un cercle blanc est visible autour du cornillon et le tour est joué. La batterie rechargée permet d'écorner 15 veaux. On peut le remettre dans la poche immédiatement après usage. Son principal inconvénient : son prix (168 à 250 euros).
La crayon caustique
Le crayon à base de soude s'applique en couches circulaires sur une surface d'environ 3 cm autour de l'emplacement des cornes. Il se forme une pellicule très adhérente qui sèche et tombe en 15-20 jours.
Technique sans bruit et sans odeurs, confortable pour l'éleveur, l'écornage chimique n'en est pas moins douloureux pour l'animal. Une administration d'anti-inflammatoires non stéroïdiens est conseillée.
Cette technique peut être dangereuse pour l'éleveur et de nombreux cas de brûlures de mamelle ont été constatés en élevage allaitant (l'isolement du veau pendant quelques heures est préconisé).
Réglementation
L'écornage est un geste d'élevage soumis à la réglementation. Cela correspond en droit français à une mutilation : "Il faut donc tout mettre en œuvre pour limiter la souffrance de l'animal". Le comité permanent de la convention européenne sur la protection des animaux a adopté, en 1988, des recommandations. Dans ce texte, il est spécifié que : Au-dessus de 4 semaines, l'ablation du cornillon ou l'écornage proprement dit doivent être réalisés sous anesthésie locale ou générale par un vétérinaire ou toute autre personne qualifiée. La notion de personne qualifiée n'est aujourd'hui pas définie.
La destruction ou l'ablation de la partie produisant la corne des animaux n'ayant pas dépassé quatre semaines de vie ne nécessitent pas d'anesthésie et doivent être effectuées par des personnes expérimentées.
Photo : La cautérisation électrique ou au gaz est la technique la plus utilisée par les éleveurs. La principale difficulté rencontrée avec ces appareils est le temps de chauffe qui peut être long dans certaines conditions.